Ah, Lacan… toujours là où on ne l’attend pas. Un jour, il évoque la Lalangue, le lendemain, il vous glisse un anaxagorique au détour d’une phrase, comme s’il s’agissait d’un mot du quotidien. Et vous, vous hochez poliment la tête, sans savoir s’il s’agit d’un compliment, d’un néologisme ou d’une incantation grecque.
Il est notamment connu pour avoir soutenu que :
"Tout est dans tout."
Et aussi :
"Le Nous (νοῦς) met en mouvement ce qui était en désordre."
Autrement dit, l’univers serait un chaos de particules que seul un principe organisateur – le fameux Nous, une forme d’intellect cosmique – viendrait structurer. Pas si éloigné, au fond, de l’idée d’un inconscient structuré comme un langage, n’est-ce pas ?
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Ce n’est ni une déduction logique, ni une explication raisonnée. C’est une fulgurance subjective, parfois déroutante, mais porteuse d’un remaniement. Un exemple ? Ce genre de prise de conscience :
« Mais en fait, je reproduis exactement les conflits de mes parents dans toutes mes relations ! »
→ Voilà un moment anaxagorique.
"Ce singulier premier moteur qui vient se mettre à la place du νοῦς anaxagorique". Lacan, 1963, L'angoisse.
« La vérité ne peut se dire que mi-dire. »
Cette formule énigmatique, typiquement lacanienne, rejoint l’esprit du moment anaxagorique. Il ne s’agit pas d’un savoir complet, maîtrisé ou explicité, mais d’un éclat de vérité subjective, souvent saisie dans un mi-parole, un lapsus, un silence.
Ce que le sujet ne parvenait pas encore à dire — ou même à penser — se glisse entre les lignes, dans une zone intermédiaire entre le dit et l’inconscient. Ce "mi-dire" n’est pas un défaut : c’est la condition même du surgissement du sens.
Autrement dit, la vérité ne se livre jamais toute, mais elle se fait sentir, par éclats. Et c’est précisément dans ces instants-là que se loge l’intuition anaxagorique.
Le psy, lui, ne sourit pas par ironie : il reconnaît ce moment où quelque chose s’éclaire dans le chaos intérieur du sujet. Ce qui était flou devient limpide. Ce qui était figé se remet en mouvement.
En milieu de cure, une analysante évoque ses conflits amoureux récurrents. Elle parle, comme souvent, de sa peur de l’abandon. Puis, sans prévenir, elle s’interrompt, les yeux écarquillés : "En fait… ce n’est pas qu’il me quitte qui me fait peur… c’est que je l’aie choisi pour qu’il parte." Une phrase, et tout change. L’association reprend autrement. Elle ne commente pas. Mais quelque chose, là, s’est déplacé.
C’est là toute la force de ce terme : nommer l’irruption d’un sens nouveau, qui ne s’analyse pas mais se ressent.
Peut-on dire que Lacan rend la pensée présocratique séduisante ? D’une certaine manière, oui. Avec anaxagorique, il introduit une dimension poétique et fulgurante dans le champ analytique : un mot rare, pour désigner un moment unique, presque bouleversant. Il souligne ainsi qu’en psychanalyse, certaines vérités ne se construisent pas : elles s’imposent, dans le silence ou la surprise.
Alors, la prochaine fois qu’une idée vous traverse, qu’un mot vous échappe et qu’un sens inattendu s’impose à vous : ne cherchez pas plus loin. Vous venez peut-être de vivre une expérience anaxagorique. Et, bonne nouvelle : nul besoin de parler grec pour cela. 😉
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