Et si vous disiez tout ?
24/3/2025

Et si vous disiez tout ? La libre association en psychanalyse

Parlez, ne réfléchissez pas… ou plutôt, laissez venir ce qui vous échappe. Et si, pour une fois, vous laissiez votre pensée se dire avant de se penser ? Si vous osiez laisser les mots jaillir, même absurdes, décousus, étranges — sans logique, sans censure, sans but ? C’est ce que propose la libre association, cette règle fondatrice de la psychanalyse où le sujet s’autorise à tout dire… justement pour ne plus se contenter de ce qu’il croit vouloir dire. Derrière cette consigne simple — « Dites tout ce qui vous passe par la tête » — se cache une révolution. Une bascule. Un pacte entre l’inconscient et le langage. Ici, pas de récit bien construit. Juste le fil flottant des mots, les gestes d’un corps qui parle sans voix claire, les silences qui en disent long. C’est dans cet espace suspendu que Freud a installé le divan. C’est là que Ferenczi a tendu l’oreille aux traumas muets. Et c’est là que Lacan a écouté ce qui se dit malgré soi.

La libre association en psychanalyse : une plongée dans l’inconscient avec Freud, Ferenczi et Lacan

« Dites tout ce qui vous passe par la tête. » — Freud, règle fondamentale de la psychanalyse

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L’art de parler sans réfléchir (mais pas n’importe comment)

Vous êtes-vous déjà surpris à dire quelque chose sans trop savoir pourquoi, comme si les mots vous avaient échappé ?

En psychanalyse, ce phénomène n’est pas un accident, mais une brèche dans la conscience, un passage vers un monde insoupçonné : celui de l’inconscient.

C’est là qu’intervient la libre association, cette pratique centrale de la cure analytique où le patient est invité à dire tout ce qui lui vient à l’esprit, sans filtre, sans logique apparente, sans censure. Une pratique aussi simple en apparence… qu’elle est révolutionnaire dans ses effets.

Plongeons au cœur de cette méthode fondatrice, en croisant les regards de Sigmund Freud, Sandor Ferenczi et Jacques Lacan. Trois figures majeures, trois approches, une même quête : faire parler ce qui ne peut d’ordinaire se dire.

"Dites tout"… pour que l’inconscient puisse parler

C’est à Freud que l’on doit la formulation de la "règle fondamentale" de la psychanalyse : celle de la libre association.

Dès L’interprétation des rêves (1900), il propose une nouvelle méthode : plutôt que de guider ou d’interroger son patient, il lui demande de parler librement, sans chercher à être cohérent, intelligent ou même intéressant.

« Laissez-vous aller à dire tout ce qui vous vient à l’esprit, même si cela vous paraît absurde, indécent ou dépourvu d’intérêt. »
Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, 1933

Pour Freud, cette liberté n’est pas anodine : elle permet de contourner les mécanismes de défense, de déjouer la censure psychique qui empêche l’accès aux représentations refoulées. Le langage devient alors une voie royale vers l’inconscient.

La libre association, c’est un peu comme tirer un fil invisible : un mot en appelle un autre, une image entraîne un souvenir, et soudain, ce qui était inconnu ou oublié émerge à la surface. C’est là que l’analyste intervient, non pour donner un sens immédiat, mais pour soutenir le processus, et parfois interpréter les points de butée, les répétitions, les silences.

Quand les mots ne viennent pas

Mais que se passe-t-il lorsque les mots n’arrivent pas ? Lorsque la parole se fige ou se heurte à un mur intérieur ?

C’est là que le psychanalyste hongrois Sandor Ferenczi apporte une contribution essentielle.

Proche collaborateur de Freud, Ferenczi s’est penché sur les limites de la libre association, notamment dans le traitement des patients gravement traumatisés. Il observe que l’injonction à tout dire peut parfois être vécue comme une violence supplémentaire, surtout lorsque l’appareil psychique du patient est encore trop fragile pour symboliser son vécu.

« Le silence peut être, chez certains patients, l’unique forme d’association possible. »Ferenczi, Journal clinique, 1932

Ferenczi plaide pour une écoute empathique et ajustée, où l’analyste ne se contente pas d’attendre que le patient "parle librement", mais l’accompagne activement dans la mise en mots de ce qui a pu rester non-pensé, indicible, voire impensable.

Il est l’un des premiers à poser les bases d’une clinique du trauma, où la relation thérapeutique joue un rôle de contenant, et où l’analyste peut prêter ses mots au patient, le temps que ce dernier retrouve sa propre voix.

Ce n’est pas ce que vous dites, c’est ce qui se dit à travers vous

Avec Jacques Lacan, la libre association change encore de dimension.

Fidèle à Freud, Lacan ne se contente pas de réaffirmer la règle fondamentale : il la radicalise, en y introduisant la notion de chaîne signifiante.

Pour Lacan, ce que vous dites n’est pas forcément ce que vous croyez dire. En parlant, vous faites circuler des signifiants — ces unités de langage qui se combinent, se répètent, se déforment et révèlent une vérité qui vous échappe. L’inconscient n’est pas un réservoir de souvenirs oubliés, mais un discours structuré comme un langage.

« Le sujet ne parle pas, il est parlé. »Lacan, Séminaire XI, 1964

Dans cette optique, la libre association n’est pas un "déballage" mais un parcours dans le langage, où chaque mot peut contenir un indice, un déplacement, une rupture. L’analyste n’interprète pas un contenu latent caché derrière le manifeste, mais intervient sur la forme même du discours, en repérant les points de fixation, les signifiants maîtres, les équivoques.

Une liberté encadrée

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, la libre association ne signifie pas parler au hasard.

Elle repose sur un cadre analytique très précis : régularité des séances, confidentialité, neutralité bienveillante, silence actif de l’analyste. Ce cadre permet au patient de se sentir suffisamment sécurisé pour oser lâcher le contrôle.

La "liberté" de la libre association est donc une liberté dans un contenant, un espace psychique protégé où l’inconscient peut se frayer un chemin — à travers des mots, des silences, des hésitations ou des retours inattendus.

Mais cette liberté est toujours fragile : les résistances (oubli, rationalisation, honte, culpabilité) peuvent interférer. Et c’est justement dans l’analyse de ces résistances que se trouve, parfois, le cœur du travail analytique.

Et aujourd’hui ?

La libre association est toujours au cœur de la psychanalyse contemporaine, même si son usage peut varier selon les écoles et les contextes.

En institution, avec des enfants, ou dans des situations interculturelles, elle peut être adaptée, introduite progressivement, ou accompagnée de médiations (dessin, jeu, écriture…).

Des auteurs comme Didier Anzieu, René Roussillon ou Jean Laplanche ont poursuivi la réflexion : comment rendre à chacun la possibilité de parler, quand parler a justement été impossible, interdit ou dangereux dans son histoire ?

En conclusion ? Avoir le courage de dire sans savoir...

La libre association, ce n’est pas juste une méthode.

C’est une aventure intérieure, une rencontre avec l’inattendu, l’ambigu, le dérangeant. C’est une invitation à se surprendre soi-même, à laisser surgir ce que l’on ne maîtrise pas — et parfois, à découvrir une vérité que l’on portait sans le savoir.

Freud en a posé les bases, Ferenczi en a exploré les failles, Lacan en a révélé la structure cachée. Et vous, que se passerait-il si vous vous laissiez aller à parler… librement ?

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Par Frédérique Korzine,
psychanalyste à Versailles
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Psychanalyse, hypnose, coaching, supervision et thérapies brèves.

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