Le mot consentement s’est imposé ces dernières années au cœur des débats publics, bouleversant nos repères, notamment dans les questions de sexualité, d’éducation, de prévention des violences et plus largement dans nos relations humaines. Ce terme est devenu incontournable. Pourtant, derrière son apparente simplicité, se cache une réalité bien plus dense, subtile, et parfois troublante. Car peut-on vraiment réduire le consentement à un simple « oui » ou « non » ? Est-il toujours aussi libre et évident qu’on le pense ? Qu’en est-il de son tissage inconscient, de ses racines affectives et des conflits intimes qu’il peut réveiller ? Derrière chaque accord ou refus, il y a l’histoire singulière d’un sujet, la complexité du désir, des angoisses, du rapport à l’autre, et parfois des cicatrices invisibles. Comprendre le consentement, c’est aussi interroger ce qui, en nous, parfois, résiste, cède ou consent à notre insu. C’est à cette plongée que nous vous invitons ici : explorer le consentement, non seulement comme un fait social et juridique, mais comme une expérience psychique profonde, au croisement de la psychologie, de la psychanalyse et de la vie quotidienne.
Rdv avec un psychanalyste à Versailles
Dans le langage courant, on le définit comme un accord volontaire, sans contrainte, donné en pleine conscience. En droit, c’est même un pilier : aucune relation sexuelle n’est licite sans un consentement explicite et librement exprimé.
Si le consentement s’est hissé sur le devant de la scène, notamment avec les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, et continue d’être parasité par les représentations sociales du genre, entre clichés et résistances. Force est de constater qu’il continue d’être mal compris et mal appliqué. Les vieux mythes circulent encore : « Qui ne dit mot consent », « Dans un couple, c’est acquis », « Le non veut parfois dire oui ». Autant d’idées reçues qui fragilisent la parole et brouillent la lecture des situations.
Et ce « simple » geste n’est en réalité pas donné à tout le monde, tant il s’enracine dans des mécanismes affectifs profonds et inconscients.
Derrière le concept juridique, c’est bien toute une économie psychique, marquée par notre histoire, nos expériences et nos blessures, qui est à l’œuvre.
Dès l’enfance, le consentement se tisse dans la relation aux figures d’attachement.
C’est en expérimentant qu’il peut dire « non » sans être abandonné, qu’il peut exprimer un désir sans être jugé, sans être prisonnier du poids des non-dits familiaux qui entravent parfois cette liberté. Mais combien d’enfants, encore aujourd'hui, grandissent dans des environnements où leurs besoins, leurs émotions ou leurs refus sont ignorés, moqués ou punis ?
On observe alors, chez l’adulte, des difficultés récurrentes à dire non : par peur de déplaire, d’être rejeté, de blesser l’autre, ou par incapacité à reconnaître ce qu’il ressent vraiment, ou parce qu’il est prisonnier de la dépendance affective, qui le pousse à prioriser le désir de l’autre au détriment du sien.
Parce que recevoir un « non » peut réveiller des angoisses profondes : peur d’être abandonné, humilié ou rejeté. Face à ces blessures narcissiques, il devient tentant de minimiser, de contourner ou de forcer subtilement.
En réalité, consentir et accueillir le non de l’autre mobilisent des capacités psychiques complexes : affirmation de soi, tolérance à la frustration, sécurité intérieure. Autant d’éléments que la thérapie peut aider à travailler, tant pour ceux qui n’osent pas dire non que pour ceux qui ne savent pas l’entendre.
Rdv avec un psychanalyste à Versailles
Freud l’a montré dès ses premiers travaux : le sujet ne sait pas toujours ce qu’il désire réellement. Nos choix, nos « oui », nos silences parfois, sont traversés par des désirs inconscients, souvent contradictoires, ambivalents, voire opaques pour nous-mêmes. Ainsi, bien des consentements sont en apparence donnés, mais en réalité teintés de conflits internes.
Parfois, ce n’est pas l’absence de volonté qui est en cause, mais la présence, en toile de fond, de mécanismes inconscients puissants : la culpabilité, la honte, la peur de perdre l’autre, la recherche de reconnaissance ou la répétition de scénarios anciens, issus de l’enfance ou de traumatismes antérieurs. D’autres encore agissent par identification inconsciente à des figures parentales ou à des scènes précoces.
Ce constat ne remet jamais en cause l’importance du « non » explicite et du respect de la parole de l’autre dans la sphère sociale ou judiciaire. Mais il souligne la complexité psychique sous-jacente à tout consentement, et interroge en profondeur la qualité de la parole échangée dans la relation.
Si l’enveloppe psychique, c’est-à-dire cette capacité à contenir et à délimiter ses éprouvés internes, est fragilisée, alors poser une limite – et donc dire non – devient difficile, voire impossible. Le sujet risque de s’abandonner à l’autre, non par choix, mais par impossibilité de maintenir ses propres frontières psychiques.
Et cela s'observe fréquemment dans la vie affective et sexuelle. Désir de plaire, peur du rejet, besoin d’être aimé, mais aussi fantasmes inconscients de soumission ou de domination se mêlent souvent et troublent la liberté apparente du consentement.
Dans toute démarche thérapeutique, le patient accepte de venir, de s’engager, de se livrer. L’engagement du patient dans la cure est toujours traversé par les effets du transfert.. Mais consent-il toujours en pleine liberté ? Est-il toujours pleinement conscient de ce à quoi il consent lorsqu’il s’assoit face à l’analyste ?
Ce phénomène central en psychanalyse, par lequel le patient rejoue inconsciemment avec le psychothérapeute des scénarios relationnels anciens, fait du consentement quelque chose de toujours partiellement énigmatique. Le patient peut, sous l'effet du transfert, accepter certaines interprétations, s'exposer, voire se taire, non pas parce qu’il y consent librement, mais parce qu’il est pris dans une dynamique inconsciente de fidélité, de soumission, ou de recherche d’amour ou parce qu'il est encore habité par des deuils inconscients qui l'empêchent d’accéder à ses véritables désirs.
Le rôle de l’analyste n’est pas de se satisfaire d’un oui apparent, ni d’obtenir une parole à tout prix. Au contraire, il s’agit d’accueillir aussi les résistances, les silences, et même les non-dits comme des formes précieuses d’expression du sujet. Il faut laisser à chacun la possibilité de ne pas dire, de ne pas livrer, de garder pour soi. Le non est parfois le seul consentement psychiquement viable du moment.
Il s’agit de respecter, séance après séance, son rythme interne, sa liberté de s’ouvrir ou de se protéger. C’est cette écoute fine qui permet, progressivement, d’installer un cadre suffisamment sécurisant pour que le sujet puisse véritablement consentir de façon plus libre.
Rdv avec un psychanalyste à Versailles
C’est justement l’un des paradoxes les plus subtils : il arrive que l’on consente pleinement à jouer avec ces fantasmes qui relèvent parfois du sadomasochisme ordinaire, loin des caricatures, mais bien inscrit dans la vie psychique courante, dans des contextes où les rôles sont négociés, clarifiés et sécurisés. Ce que l’on nomme aujourd’hui le BDSM (bondage, discipline, domination, soumission, sadisme, masochisme) repose justement sur un principe fondamental : rien ne se fait sans un consentement explicite et conscient.
Mieux encore, ces pratiques ont souvent mis en place des dispositifs — comme les fameux « safewords » — qui rappellent que, même au cœur du jeu, le non peut surgir à tout moment et doit être entendu sans discussion.
Elle interroge : quels scénarios inconscients sont à l’œuvre ? Que cherche-t-on à rejouer ou à symboliser à travers ces mises en scène érotisées ? Chez certains, il s’agit de reprendre la maîtrise d’une situation autrefois subie (violence, emprise) en la reconfigurant dans un cadre choisi et sécurisé. Pour d’autres, c’est un moyen de mettre en scène des conflits internes ou de donner corps à des fantasmes constitutifs du désir.
Ce n’est pas parce qu’un sujet fantasme la soumission ou la domination qu’il souhaite la vivre sans condition. La liberté tient justement dans la capacité à choisir d’actualiser ou non ce fantasme et de poser les limites du jeu.
C’est peut-être là l’un des enseignements les plus profonds de la psychanalyse : le consentement, loin d’abolir le fantasme, en est parfois la condition même. Ce n’est qu’en posant un cadre clair et en reconnaissant ses limites que le sujet peut se sentir suffisamment en sécurité pour explorer la dimension érotique de ses ambivalences inconscientes.
On pourrait croire que promouvoir le consentement relève simplement d’une question de morale ou de bonne éducation. Mais en réalité, il s’agit d’un enjeu bien plus profond, tant sur le plan psychique que social.
Le consentement véritable suppose que le sujet soit capable d’identifier ses désirs, ses limites, ses peurs, et qu’il puisse les exprimer sans être paralysé par la crainte du rejet, de la culpabilité ou de la perte. Ce n’est pas simplement un apprentissage rationnel, c’est une élaboration affective, parfois longue, qui permet à chacun d’accéder à une liberté intérieure.
Entendre un refus sans le vivre comme une blessure narcissique ou une remise en cause de soi est loin d’être évident. Cela demande de pouvoir renoncer à l’illusion d’un pouvoir sur l’autre, d’accepter l’altérité, la singularité de l’autre et la réalité de ses propres limites.
Dans la cure psychanalytique ou en psychothérapie, aider les patients à travailler ce rapport au consentement — oser dire non, oser dire oui, et surtout oser s’écouter — devient un levier thérapeutique majeur. Ce n’est qu’à partir de cette réappropriation de sa capacité à consentir ou non que le sujet peut retrouver de la souplesse dans ses relations, une forme d’autonomie affective et une possibilité d’expérimenter le lien à l’autre autrement.
Au-delà de la thérapie, c’est bien toute notre société qui est invitée à développer une culture du consentement plus fine, plus nuancée, plus respectueuse de la complexité humaine et à renforcer l’accompagnement psychologique des victimes, souvent confrontées à la difficulté de se réapproprier leurs limites.. Une culture où le « non » n’est pas vu comme un problème mais comme un espace de vérité, et où le « oui » peut s’inscrire dans un véritable choix.
Loin d’être un frein, le consentement est ce qui rend possible des relations plus authentiques, plus vivantes, plus créatrices. Il ouvre un espace de rencontre où, enfin, le sujet peut désirer, s'engager, se retirer — en somme, être libre.
Rdv avec un psychanalyste à Versailles
Des gestes, des attitudes et un engagement mutuel dans l’action peuvent exprimer un consentement, tant que les deux parties sont en accord. Toutefois, l’ambiguïté est fréquente avec le non-verbal, d'où l'importance, dans certaines situations sensibles (relations sexuelles, relations asymétriques) de privilégier la parole pour éviter tout malentendu et respecter pleinement l'autre. Dire clairement ce que l'on souhaite reste fondamental.
Certaines personnes redoutent de déplaire, d’être abandonnées ou agressées si elles expriment leur refus. D'autres sont prises dans des mécanismes inconscients où leur propre désir leur semble inaccessible ou flou. Travailler sur l’affirmation de soi et la reconnaissance de ses propres limites est souvent nécessaire pour pouvoir dire non plus sereinement.
Le consentement peut être retiré à tout moment. Une autre erreur fréquente est d'imaginer que l’absence de refus explicite signifie un accord : le silence ou l’hésitation n’est pas un oui. Enfin, certaines personnes pensent que le consentement est acquis dans un couple établi, ce qui est faux. Le consentement reste essentiel, même dans des relations longues et intimes.
Lorsqu’une personne se sent obligée d’accepter pour éviter un conflit, par peur de perdre l'autre, ou sous l’effet de chantage affectif ou moral, on ne peut plus parler de consentement libre. La psychanalyse montre aussi que certaines formes de dépendance affective peuvent amener à consentir malgré soi. Le respect du consentement suppose l’absence de toute pression ou emprise.
Même dans les relations professionnelles ou familiales, consentir signifie choisir librement de participer sans subir d’emprise ou de contrainte. Respecter le consentement de l'autre permet de préserver sa liberté, son intégrité psychique et favorise des relations plus justes et équilibrées.
Donner son accord au départ ne signifie pas être obligé d’aller jusqu’au bout si l’on ne s’en sent plus capable ou si l’envie disparaît. La liberté de retirer son consentement est essentielle et doit être respectée sans pression. Cela concerne aussi bien les relations sexuelles que toute autre forme de relation. Le respect de ce changement est un signe de maturité affective et relationnelle.
Il s’agit de leur apprendre qu'ils ont le droit de dire non, que leur corps leur appartient, et qu'ils doivent aussi respecter les limites des autres. Les messages doivent être simples, adaptés à l’âge et basés sur des exemples concrets. Le consentement peut être évoqué dès le plus jeune âge, y compris dans les gestes du quotidien.
Il est problématique car il peut facilement prêter à confusion. En matière de sexualité ou de relations affectives, le consentement tacite n’est jamais suffisant. Ce qui a été accepté hier ne vaut pas systématiquement aujourd’hui. En psychanalyse comme en psychologie, on rappelle que seul un consentement explicite et actualisé protège réellement l’espace psychique de chacun.
Cela ne remet pas en cause la validité juridique du consentement, mais cela questionne sa qualité du point de vue psychique. C’est pourquoi, dans une démarche thérapeutique, on aide souvent les patients à clarifier leurs désirs réels et à mieux écouter leurs limites.
Cela peut activer des angoisses profondes liées à l’histoire affective de la personne, notamment si elle a connu des expériences précoces de rejet ou de non-reconnaissance. En psychanalyse, on observe que le refus de l'autre peut être interprété comme une attaque, alors qu'il n’est souvent que l’expression saine de sa propre liberté.