Pourquoi la guerre ?
20/3/2025

Pourquoi la guerre ? Une lecture psychanalytique du drame contemporain

Un monde en flammes : la tragédie sans fin... Les bombes tombent, les civils fuient, les corps s’empilent. L’histoire semble se répéter, inlassablement, comme un cauchemar dont l’humanité ne parvient jamais à s’éveiller. Nous pensions que la barbarie des siècles passés nous avait enseigné l’horreur, que les guerres mondiales avaient inoculé en nous un antidote contre l’anéantissement. Et pourtant, aujourd’hui encore, le monde brûle. Pourquoi ? Comment se fait-il que, malgré la culture, malgré la mémoire, malgré les appels incessants à la paix, la guerre s’abatte encore et toujours sur les peuples ?

En 1932, alors que l’Europe tanguait vers l’abîme, Freud répondait à Einstein dans une lettre restée célèbre : Pourquoi la guerre ? Son diagnostic, implacable, résonne aujourd’hui avec une force glaçante.

Car ce que Freud nous apprend, c’est que la guerre n’est pas un accident, ni une aberration.

Elle est une nécessité tragique, l’expression la plus crue d’une vérité que nous ne voulons pas voir : la pulsion de mort, Thanatos, travaille l’homme, le hante, le pousse inexorablement à la destruction.

Alors que l’actualité nous livre chaque jour de nouveaux visages de la désolation – villes éventrées, exodes, massacres –, il est urgent de comprendre cette compulsion qui semble scellée dans le destin humain.

Il ne suffit pas d’accuser les stratégies politiques, les calculs économiques ou les ambitions des puissants. Il faut descendre plus profond, sonder ce qui, dans l’âme collective, rend la guerre inévitable.

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Thanatos, la pulsion de mort à l’œuvre

Freud, dans Au-delà du principe de plaisir (1920), bouleverse la théorie psychanalytique en introduisant l’idée d’une pulsion qui ne tend pas vers la vie, mais vers la dissolution, le néant.

Si la pulsion de vie (Éros) nous pousse à créer, à aimer, à lier, Thanatos agit en sens inverse : il sépare, il détruit, il consume.

La guerre est son territoire privilégié. Dans le fracas des armes, l’homme laisse libre cours à cette force archaïque, primordiale. C’est un retour à l’état brut, un déferlement où la civilisation vacille et où l’individu peut enfin s’abandonner au vertige de la destruction.

Freud, impitoyable, nous rappelle que cette pulsion n’est pas seulement l’affaire des bourreaux et des tyrans.

Elle est en nous tous. Nous la tenons à distance dans notre quotidien, nous la refoulons dans les limites du socialement acceptable. Mais la guerre, elle, permet son déchaînement collectif. Ce que l’on ne peut faire seul, on le fait en masse. L’uniforme, l’étendard, l’ennemi désigné permettent d’abattre les barrières morales.

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La guerre donne à l’homme une permission absolue : celle de tuer.

Regardons ce qui se joue aujourd’hui : les justifications politiques masquent à peine la jouissance brute qui anime les acteurs de la violence.

Derrière les discours stratégiques, derrière les intérêts nationaux, il y a autre chose, d’inavouable : un excès d’agressivité qui trouve enfin un exutoire légitime.

L’ennemi : l’autre comme figure du mal absolu

Aucune guerre ne peut éclater sans la construction d’un ennemi.

Ce dernier doit être transformé en altérité radicale, il doit incarner une menace totale, une figure à abattre. C’est ici que le mécanisme du narcissisme des petites différences, décrit par Freud, entre en scène.

Le paradoxe est cruel : nous haïssons avec le plus de violence non pas l’étranger absolu, mais celui qui nous ressemble trop. L’ennemi de la guerre est souvent un frère, un voisin, un peuple historiquement lié au nôtre. C’est le dissident dans l’empire, le frère de l’autre bord de la frontière, l’allié d’hier devenu adversaire.

Dans les conflits actuels, cette mécanique est à l’œuvre avec une intensité terrifiante.

On efface les ressemblances, on amplifie les divergences, on essentialise la menace. L’ennemi n’est plus un adversaire, il devient une infection, un poison, une entité qu’il faut extirper.

Il ne s’agit plus de vaincre, mais d’anéantir.

Freud nous avertissait : la guerre n’est pas seulement une lutte pour des ressources ou un territoire, c’est un travail psychique collectif où une société entière projette sur l’autre son ombre la plus noire. L’ennemi devient le réceptacle de toutes les angoisses, de toutes les pulsions inavouables. En le détruisant, on croit expurger ses propres ténèbres.

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Le surmoi collectif et l’impuissance des idéaux pacifistes

Peut-on lutter contre cette fatalité ? Freud, pessimiste, en doute.

Le surmoi collectif, qui régule les pulsions destructrices, vacille dès lors que la haine devient un idéal légitime.

Les institutions, les traités, les discours humanistes sont balayés dès que la pulsion guerrière est réveillée. Les nations, en temps de paix, se drapent dans des valeurs de fraternité. Mais lorsque le fracas de la guerre gronde, ce sont ces mêmes peuples qui acclament les massacres, qui exaltent les batailles, qui font de la mort un devoir sacré.

Regardons l’histoire : combien de fois des sociétés dites civilisées ont-elles basculé en quelques mois dans l’horreur la plus absolue ?

Aujourd’hui encore, l’appel au carnage trouve un écho immense. Ce n’est pas l’œuvre d’un seul tyran, d’un seul dictateur. C’est un processus collectif, où chacun, à sa manière, participe au chaos.

Les pacifistes, les voix discordantes, les figures de la conciliation sont réduites au silence, moquées, perçues comme naïves.

Freud le pressentait : la paix est un combat qui se mène contre la nature même de l’homme.

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Si le surmoi collectif et les idéaux pacifistes peuvent contenir un temps la pulsion de destruction, ils sont aussi vulnérables aux manipulations politiques.

Lorsque l’angoisse grandit, lorsqu’un sentiment de menace diffuse s’installe, l’individu est tenté de chercher un guide, un protecteur, une figure d’autorité capable de donner un sens à cette inquiétude.

C’est ici qu’interviennent les stratégies politiques de gestion de la peur, où l’annonce de pénuries, de crises imminentes ou d’ennemis insaisissables sert à entretenir l’angoisse collective et à renforcer le pouvoir en place.

Les figures politiques contemporaines ont bien compris la puissance de ces dynamiques inconscientes. Vladimir Poutine et Donald Trump, chacun à leur manière, exploitent ces leviers psychiques en jouant sur la peur de la privation et du chaos pour asseoir leur autorité.

Comment la menace de pénuries – parfois réelles, parfois exagérées – devient-elle un outil de contrôle psychologique et politique ?

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L’exploitation politique de la peur et de l’angoisse n’est pas nouvelle.

De tout temps, les leaders ont utilisé la menace extérieure, la privation et le sentiment d’urgence pour renforcer leur emprise sur les peuples.

Mais ce phénomène s’inscrit aussi dans une logique plus large, où la guerre et la violence sont pensées comme des nécessités collectives, des exutoires pulsionnels ou des mécanismes de régulation sociale.

Si Freud voyait dans la guerre l’expression de la pulsion de mort, d’autres penseurs ont exploré ses dimensions sacrificielles, symboliques et bureaucratiques.

René Girard, André Green et Hannah Arendt nous offrent ainsi des clés précieuses pour comprendre comment la guerre, bien au-delà d’un simple affrontement entre nations, est un phénomène psychique et anthropologique structurant.

Quelles sont les autres logiques sous-jacentes à la guerre et à la violence collective ?

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Autres regards sur la guerre : entre psychanalyse, anthropologie et philosophie

Si Freud nous offre une grille de lecture psychanalytique de la guerre, d’autres penseurs ont exploré ce phénomène sous des angles complémentaires. Anthropologues, philosophes et psychanalystes post-freudiens ont enrichi notre compréhension des conflits, mettant en lumière d’autres mécanismes inconscients et collectifs à l’œuvre.

René Girard : la guerre comme rituel sacrificiel et mécanisme du bouc émissaire

L’anthropologue et philosophe René Girard (1923-2015) propose une explication saisissante de la guerre à travers sa théorie du désir mimétique et du bouc émissaire.

Selon lui, les sociétés humaines sont traversées par un désir imitatif qui engendre des rivalités. Lorsque ces tensions deviennent ingérables, elles doivent être résolues par un processus sacrificiel : la désignation d’un bouc émissaire sur lequel toute la violence refoulée est projetée.

Dans cette optique, la guerre serait une forme de purge sacrificielle, où un groupe ou une nation devient l’incarnation du mal absolu, justifiant ainsi son anéantissement. Ce mécanisme expliquerait pourquoi la haine de l’ennemi se construit sur une essentialisation, où l’autre n’est plus perçu comme un adversaire politique, mais comme une menace existentielle.

Aujourd’hui, on retrouve cette logique dans les discours de guerre où l’ennemi est systématiquement diabolisé.

La psychanalyse et l’anthropologie se rejoignent ici : Freud parle de la projection des pulsions destructrices, Girard de la canalisation de la violence collective par le sacrifice d’un autre.

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André Green et le travail du négatif : la guerre comme rejet du symbolique

Poursuivant l’héritage freudien, André Green (1927-2012) a développé le concept de travail du négatif, qui éclaire la dynamique de la guerre sous un jour nouveau.

Dans certaines configurations psychiques, la négativité ne peut être intégrée symboliquement : elle doit être vécue dans l’agir, dans une destruction réelle.

Dans cette perspective, la guerre apparaît comme un échec du travail psychique, un passage à l’acte massif où le conflit interne ne parvient pas à être élaboré autrement qu’à travers la destruction du réel. Green parlerait ici d’une dépression blanche, où la perte n’est pas reconnue et où la seule issue devient l’éradication de l’objet perçu comme menaçant.

On pourrait ainsi dire que les sociétés qui entrent en guerre sont parfois dans une forme de désintrication pulsionnelle, où la pulsion de mort (Thanatos) l’emporte sur toute tentative de symbolisation (Éros). Cela résonne avec la brutalité des conflits contemporains, où la destruction pure semble parfois devenir une finalité en soi.

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Hannah Arendt et la banalité du mal : une guerre sans pulsion ?

Dans Eichmann à Jérusalem (1963), la philosophe Hannah Arendt (1906-1975) propose une lecture saisissante de la violence politique.

Contrairement à Freud, qui voit dans la guerre l’expression d’une pulsion profonde, Arendt met en lumière la froideur administrative de la destruction, où l’idéologie et la bureaucratie prennent le relais de la brutalité instinctive.

Elle forge le concept de banalité du mal, qui désigne une forme de violence mécanique, où les bourreaux ne sont pas des monstres animés par une haine viscérale, mais des exécutants appliquant des ordres sans questionner leur portée morale.

Cette approche est essentielle pour comprendre la guerre moderne : elle n’est plus seulement un déchaînement pulsionnel, elle est aussi une violence rationalisée, automatisée, déshumanisée. La guerre technologique, où des drones ciblent des ennemis désignés par algorithme, en est une sinistre illustration.

Freud et Arendt se croisent ici : si la guerre peut être le théâtre d’une pulsion déchaînée, elle peut aussi être le produit d’une glaciation psychique, où l’individu n’éprouve plus rien face à la destruction.

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La guerre peut-elle être sublimée ?

Alors que reste-t-il ? Si la guerre est inhérente à l’humanité, peut-on espérer la contenir, la détourner, la sublimer ?

Freud évoque la sublimation comme seule issue : transformer la pulsion de destruction en création. L’art, la pensée, la science, le sport, les rituels collectifs sont autant de façons d’épuiser cette énergie autrement que par le carnage.

Mais la sublimation suppose un équilibre fragile. Une société qui réprime trop la violence finit par l’exacerber. Une société qui l’encourage finit par sombrer. Tout est question de dosage, de vigilance, de lucidité.

L’éducation peut-elle être une réponse ? Peut-être. Mais elle n’empêchera jamais totalement le retour du refoulé. La guerre est tapie dans l’ombre, prête à resurgir dès que les conditions sont réunies.

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Perspectives thérapeutiques et sociétales

Si la guerre est une expression brutale de la pulsion de mort, si elle est un symptôme récurrent de l’histoire humaine, alors comment penser une alternative ?

Freud, dans son échange avec Einstein, se montre pessimiste : la guerre est une conséquence inévitable des tensions pulsionnelles qui structurent l’être humain.

Pourtant, la psychanalyse elle-même, dans son essence, est une tentative de transformation de l’angoisse et du conflit en pensée, en parole, en élaboration symbolique.

Alors, est-il possible d’imaginer une sublimation collective, un traitement psychique du fait guerrier avant qu’il ne se manifeste dans l’acte ? Peut-on concevoir des dispositifs sociaux capables de limiter la montée en puissance de la violence ?

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Le travail du symbolique : de la parole au lien social

L’un des enseignements fondamentaux de la psychanalyse est que ce qui ne peut être mis en mots se met en actes.

Dans cette optique, la guerre pourrait être vue comme le symptôme d’un échec du langage, un passage à l’acte collectif où l’affrontement physique vient suppléer l’impossibilité d’un dialogue.

La psychanalyse nous apprend que pour qu’une pulsion destructrice soit contenue, elle doit pouvoir circuler autrement :
  • Dans la parole : Les instances de médiation internationale, les négociations diplomatiques, les forums citoyens sont autant de tentatives de maintenir le conflit dans l’ordre du langage. Mais pour être efficaces, ces espaces doivent offrir une véritable possibilité d’élaboration, et non de simples simulacres de dialogue où la haine continue de sourdre sous la politesse diplomatique.
  • Dans le récit historique : Une société qui ne travaille pas ses traumatismes collectifs se condamne à les répéter. Freud, avec son concept de Nachträglichkeit (après-coup), montre que le refoulé non élaboré revient sous une autre forme. Les conflits contemporains portent souvent en eux les traces de violences passées jamais digérées. D’où l’importance d’un travail de mémoire qui ne soit ni une instrumentalisation politique, ni une simple commémoration, mais une véritable mise en pensée du trauma collectif.

Les psychanalystes, historiens, philosophes et sociologues ont ici un rôle fondamental à jouer : faire en sorte que la guerre ne soit pas seulement vécue comme une fatalité, mais comme un événement à analyser, à comprendre, à intégrer pour éviter sa répétition sous d’autres formes.

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La gestion des affects collectifs : nécessité de rituels de sublimation

Dans les sociétés dites "primitives", les guerres n’étaient pas nécessairement des massacres incontrôlés : elles répondaient souvent à des rituels codifiés, où l’agressivité était contenue dans des formes réglées, voire sublimée à travers des affrontements symboliques (combats simulés, joutes verbales, compétitions rituelles).

Aujourd’hui, nos sociétés modernes ont largement perdu ces espaces de décharge contrôlée de l’agressivité.

Or, la psychanalyse nous montre que lorsqu’une pulsion est totalement réprimée, elle ne disparaît pas, elle ressurgit sous des formes d’autant plus violentes.

Peut-on imaginer de nouveaux rituels de sublimation qui permettraient d’éviter l’explosion de la violence dans la guerre ? Quelques pistes :

  • Le sport de haut niveau : Les Jeux Olympiques, le football mondial, les grandes compétitions internationales sont souvent analysés comme des "guerres symboliques", où les nations s’affrontent sans s’entretuer. Mais ces espaces de catharsis restent ambigus : ils peuvent autant sublimer la violence que la renforcer (hooliganisme, rivalités exacerbées).
  • Les simulations de guerre : Dans certaines cultures, des jeux de guerre rituels permettent d’expulser l’agressivité. Mais les jeux vidéo, qui pourraient jouer ce rôle, génèrent aussi des formes de désensibilisation à la violence. Comment faire de la mise en scène de la guerre une catharsis plutôt qu’un entraînement psychique au meurtre ?
  • Le théâtre et la mise en récit des conflits : Depuis la tragédie grecque jusqu’au cinéma contemporain, la mise en scène de la violence a toujours été une tentative d’intégrer l’agressivité dans l’ordre symbolique. Peut-être faudrait-il encourager davantage de dispositifs artistiques et narratifs pour donner une place au travail de deuil collectif.

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L’éducation et la prévention : une approche psychanalytique

L’une des erreurs fondamentales des discours pacifistes est de croire que la guerre pourrait être évitée simplement en inculquant des "valeurs de paix" ou en prônant la bienveillance universelle.

La pulsion de mort ne disparaît pas parce qu’on la nie.

L’enjeu n’est donc pas de supprimer la violence (ce qui est impossible), mais de lui donner une forme socialement et psychiquement soutenable.

  • Travailler la gestion des conflits dès l’enfance : Plutôt que de prôner un pacifisme naïf, l’éducation pourrait se concentrer sur l’apprentissage du conflit sans destruction. Savoir dire non, affronter la frustration, élaborer des désaccords sans passage à l’acte : autant de compétences essentielles pour éviter que la guerre ne devienne la seule issue aux tensions collectives.
  • Introduire la psychanalyse dans la compréhension des relations internationales : Les décisions politiques sont souvent dictées par des enjeux inconscients (narcissisme des dirigeants, projections sur l’ennemi, compulsion de répétition des conflits historiques). Une lecture psychanalytique des relations internationales permettrait d’anticiper certains mécanismes de guerre et de désamorcer certaines logiques mortifères.
  • Déconstruire les mythes guerriers : L’héroïsation du guerrier, la fascination pour la puissance militaire, le culte du sacrifice sont des schémas profondément ancrés dans l’inconscient collectif. Comment repenser le rapport à la virilité, au pouvoir, à la force sans tomber dans une négation naïve de la réalité des rapports de force ?

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La psychanalyse comme outil de résistance à la guerre

Si la guerre est le produit de mécanismes inconscients, alors la psychanalyse a un rôle à jouer dans la prévention des conflits.

  • En travaillant la parole et le symbolique, pour éviter que la pulsion de mort ne se traduise en destruction réelle.
  • En aidant à comprendre les processus d’identification et de projection, qui alimentent la haine de l’autre et la construction de l’ennemi absolu.
  • En questionnant les mythologies collectives et les récits guerriers, pour leur opposer d’autres formes de pensée du lien et du conflit.

Il ne s’agit pas d’un pacifisme naïf, ni d’une tentative d’éradiquer la violence (ce qui serait impossible), mais d’une réflexion sur comment canaliser ce qui, en l’homme, le pousse inévitablement vers l’affrontement.

La psychanalyse ne sauvera pas le monde de la guerre. Mais elle peut aider à en dévoiler les ressorts inconscients, à repérer ses prémices, à penser ses alternatives. Peut-être est-ce là, déjà, une forme de résistance.

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Conclusion

Croiser Freud, Girard, Green et Arendt permet de complexifier notre compréhension de la guerre :

  • Avec Freud, nous comprenons que la guerre est nourrie par une pulsion de mort irréductible, projetée sur l’ennemi.
  • Avec Girard, nous voyons comment la guerre répond au besoin de désigner un bouc émissaire pour réguler les tensions internes d’une société.
  • Avec Green, nous saisissons comment la guerre peut être un échec de la symbolisation, un passage à l’acte psychique collectif.
  • Avec Arendt, nous découvrons comment la guerre moderne peut aussi être une entreprise déshumanisée, où la violence devient une simple gestion technique.

Ces perspectives ne s’excluent pas : elles nous montrent que la guerre est à la fois un acte pulsionnel, un rituel sacrificiel, une défaillance symbolique et une violence bureaucratique.

Face à la résurgence des conflits dans le monde actuel, la psychanalyse, la philosophie et l’anthropologie offrent des outils indispensables pour ne pas sombrer dans des explications simplistes. La guerre n’est jamais une évidence : elle est un symptôme, un signe à décrypter, un miroir impitoyable de nos forces les plus sombres.

L’actualité nous le hurle : nous n’en avons pas fini avec la guerre. La tragédie humaine suit une boucle infernale, où chaque génération pense pouvoir éviter l’horreur, avant d’y sombrer à nouveau.

Freud ne nous donne pas d’illusion réconfortante. Il nous donne un savoir cruel : tant que l’homme sera l’homme, il connaîtra la guerre.

Mais peut-être est-ce précisément ce savoir qui peut nous préserver du pire.

Peut-être faut-il, comme Freud, regarder la guerre en face, ne pas la minimiser, ne pas l’expliquer naïvement par des causes superficielles. Car comprendre la guerre, c’est comprendre ce qui en nous la rend possible.

Et c’est seulement à ce prix que nous pourrons, peut-être, un jour, lui opposer une véritable résistance.

Par Frédérique Korzine,
psychanalyste à Versailles
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