« En essayant de faire une foliesophie, si je puis dire, moins sinistre que ce qu’est le Livre, dit de la Sagesse, dans la Bible. » Jacques Lacan, Le Séminaire XXIII, Le sinthome, séance du 16 mars 1976. Le terme foliesophie, forgé par Lacan dans son séminaire Le sinthome, réunit en un mot deux champs traditionnellement opposés : la philosophie (recherchant sagesse, ordre et cohérence) et la folie (souvent perçue comme chaos, rupture et déraison). Par cette fusion iconoclaste, Lacan ne se contente pas de jouer avec les mots : il propose une véritable manière de penser le savoir, l’inconscient, et la place du sujet dans son rapport au langage.
Lacan introduit ce mot dans un contexte très particulier : celui d’une réflexion sur l’écriture de James Joyce, sur le sinthome comme suppléance, et sur l’invention subjective. En parlant de "foliesophie", il ne s'agit pas simplement d'un trait d'esprit.
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Même si certaines figures philosophiques (comme Socrate ou Diogène) flirtent avec les marges du raisonnable, la philosophie reste un discours qui aspire à l'ordre, à la cohérence, voire à l'universel.
Or, Lacan dérange cette logique. Il introduit, avec foliesophie, un savoir qui n'est ni systématique ni linéaire. Un savoir qui surgit du symptôme, du lapsus, du désir, de ce que le sujet ne maîtrise pas. Un savoir qui échappe à la rationalité mais n'en est pas moins précieux. La foliesophie serait ainsi une pensée qui reconnaît la part irréductible de la folie dans toute subjectivité.
Il est un sujet qui a su suppléer au manque de Nom-du-Père par une invention stylistique, un mode d'écriture propre : le sinthome. Son écriture n'a pas pour fonction de transmettre un message clair, mais de maintenir une certaine cohésion subjective, un lien à la jouissance.
Dans ce cadre, faire une foliesophie, ce serait penser à partir du sinthome, à partir de ce point d'étrangeté où le sujet se constitue non pas en se comprenant, mais en créant. Joyce n'a pas analysé ses symptômes : il les a transformés en style, en art, en langage détraqué mais nécessaire. Et c'est cela qui fascine Lacan.
La foliesophie, à l'inverse, serait une manière de penser qui accepte le vacillement, le non-savoir, l'énigme. Une pensée qui n'avance pas en lignes droites mais en zigzags, à la manière de l'association libre. Elle ne cherche pas à tout comprendre, mais à faire avec ce qui dépasse, à inventer à partir de ce qui résiste.
La foliesophie pourrait être, alors, ce style de pensée que l’analysant acquiert peu à peu : une manière de composer avec ce qui cloche, ce qui ne rentre pas dans les cases, ce qui le dépasse mais le constitue. C'est une sagesse paradoxale, qui ne guérit pas au sens médical, mais qui transforme le rapport à sa propre division.
Le sujet, en se confrontant à ses symptômes, à ses impasses, apprend à les manier autrement, parfois même à en jouer.
Cette "sagesse" ne se transmet pas, elle se construit. Elle ne consiste pas à savoir quoi faire, mais à savoir vivre avec l’impossible à dire. C'est une forme de liberté dans le maniement du manque, de l'équivoque, du ratage.
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Faire une foliesophie, ce serait donc penser depuis le symptôme, depuis le désir, depuis ce qui ne se résout pas mais se transforme. C’est une invitation à pratiquer une pensée du vacillement, de l'ellipse, du mi-dire.
Il nous invite à abandonner les illusions de maîtrise pour accueillir ce qui cloche, ce qui insiste, ce qui déjoue.
La foliesophie, en ce sens, n’est pas un savoir sur l’inconscient. C’est une manière de penser avec l’inconscient, de vivre avec ses ratages, ses éclats, ses impasses. Une manière de traverser la folie du langage sans vouloir s’en extraire.
Peut-être est-ce cela, la sagesse lacanienne : non pas une sortie de la folie, mais une manière de lui faire une place, et d’en tirer un style. Une pensée qui accepte de ne pas tout comprendre, mais qui continue, envers et contre tout, à s’élaborer dans le désir.
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