Le passage à l'acte, quand le sujet s'échappe du langage...
27/3/2025

Le passage à l’acte : quand le sujet s’échappe du langage

Pourquoi certaines personnes en viennent-elles à poser des actes radicaux, souvent irréversibles, qui semblent défier toute rationalité ? Pourquoi, face à une situation insoutenable, certains passent directement à l’acte plutôt que d’en parler ou d’élaborer autrement ? En psychanalyse, le passage à l’acte désigne précisément ce moment où le sujet s’arrache au langage, où il ne trouve plus d’autre issue que l’action brute, immédiate, souvent extrême. Ce n’est pas un simple comportement impulsif ni un « pétage de plomb » incontrôlé. C’est un basculement, une réponse subjective face à une impasse où le discours ne suffit plus.

Le passage à l’acte : une sortie du symbolique

Lacan distingue deux formes d’agir :

L’acting out, qui est une mise en scène adressée à l’Autre, un message inconscient qui demande à être déchiffré.

🚨 Le passage à l’acte, qui est une rupture totale avec l’Autre, une sortie du langage sans retour possible.

Dans le passage à l’acte, le sujet ne tente plus de se faire entendre, il ne négocie plus, il ne parle plus : il agit. C’est un saut dans le vide, souvent marqué par un caractère d’irréversibilité (violence, fuite, suicide…).

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Prenons un exemple :

Un adolescent en conflit avec ses parents se sent totalement incompris, nié dans ce qu’il est. Si cet adolescent tente encore de provoquer, de crier, de défier, il est dans l’acting out : il adresse un message, aussi brouillé soit-il. Mais si, dans une situation d’humiliation où il ne se reconnaît plus, il se jette par la fenêtre ou disparaît du jour au lendemain sans laisser de trace, il passe à l’acte.

Dans le passage à l’acte, il ne reste plus rien à dire.

Pourquoi passe-t-on à l’acte ?

Le passage à l’acte intervient quand le sujet ne se perçoit plus comme désirant.

Il ne s’agit pas seulement d’une frustration ou d’un manque, mais d’une expulsion du champ symbolique, une sensation d’être nié dans son existence même.

🔹 Il peut surgir dans des situations où le sujet se sent totalement exclu (rupture amoureuse brutale, rejet social, humiliation).

🔹 Il peut être déclenché par une confrontation à un réel insupportable (apprendre une vérité que l’on ne peut intégrer, faire face à un effondrement psychique).

🔹 Il apparaît souvent chez des sujets qui ont du mal à élaborer leurs conflits par la parole.

Ainsi, le passage à l’acte est moins un choix qu’un court-circuit, une réponse immédiate à un état où aucun compromis psychique n’est possible.

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Une logique du "trop tard"

Là où la parole permet d’amortir, de différer, de mettre en jeu le désir et l’interprétation, le passage à l’acte se produit quand il est déjà trop tard.

On le retrouve dans plusieurs structures psychiques :

  • Dans la psychose, il survient souvent après un moment de décompensation où la réalité devient intolérable.
  • Dans la névrose, il se manifeste quand un sujet, pris dans une tension trop forte, ne peut plus supporter le refoulement.
  • Dans les états limites, il devient un mode privilégié d’expression, où le sujet oscille entre passage à l’acte et acting out.

L’acte arrive sans recul, sans seconde chance. C’est pourquoi il est souvent perçu comme un mystère, même par celui qui le commet.

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Passage à l’acte et acting out : deux logiques distinctes

Si le passage à l’acte et l’acting out sont parfois confondus, Lacan les distingue rigoureusement.

Ces deux phénomènes expriment une tension psychique, mais ils ne s’inscrivent pas dans le même registre : le passage à l’acte est une rupture avec l’Autre, tandis que l’acting out est une adresse à l’Autre.

Passage à l’acte : une rupture avec le champ du langage

Le passage à l’acte surgit lorsqu’un sujet ne trouve plus sa place dans le symbolique et qu’il ne peut pas supporter la situation dans laquelle il se trouve. Il se traduit par une sortie brutale du discours et du cadre relationnel, en posant un acte souvent irréversible.

Exemples typiques de passage à l’acte :

  • Un individu se jette par la fenêtre après une humiliation vécue comme insurmontable.
  • Un adolescent fugue sans laisser de message après une dispute familiale.
  • Une agression soudaine et imprévisible, sans mise en scène, qui semble dépasser la personne elle-même.

Quand le passage à l’acte prend la forme d’une emprise destructrice… Une lecture psychanalytique de la violence conjugale

Ici, l’acte est une déchirure du lien social. Il marque une rupture, un saut dans le réel où la parole est court-circuitée.

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Acting out : une mise en scène pour l’Autre

À l’inverse, l’acting out est une tentative de signifier quelque chose à l’Autre lorsque le sujet ne parvient pas à exprimer son conflit intérieur par la parole.

Contrairement au passage à l’acte, l’acting out ne vise pas à rompre, mais à interpeller, souvent de manière inconsciente.

Exemples d’acting out :

  • Un adolescent adopte une tenue extravagante ou adopte un comportement transgressif pour provoquer ses parents.
  • Un patient réalise un geste théâtral en séance, comme jeter un objet violemment, pour exprimer un malaise qu’il ne verbalise pas.
  • Un employé quitte une réunion de manière dramatique, mais revient ensuite pour voir l’effet produit.

Ici, le sujet attend une réponse de l’Autre, même si l’acte est dérangeant. Il ne s’exclut pas du lien social, mais cherche à le modifier ou à en tester les limites.

Différences fondamentales entre les deux

Pourquoi cette distinction est-elle importante ?

Dans la clinique, confondre acting out et passage à l’acte peut être lourd de conséquences.

Un acting out mal interprété peut conduire à des interventions excessives, tandis qu’un passage à l’acte sous-estimé peut mener à un drame.

👉 L’acting out doit être entendu et analysé, car il est une tentative, certes maladroite, de signifier un malaise.

👉 Le passage à l’acte demande une prise en charge rapide et attentive, car il traduit une détresse où la parole ne peut plus circuler.

Violence et passage à l’acte : quand le langage cède la place au réel

La violence est souvent associée au passage à l’acte, mais il est essentiel de distinguer violence impulsive, violence instrumentale et passage à l’acte violent.

Si toute violence n’est pas un passage à l’acte, certains passages à l’acte prennent la forme d’une violence soudaine et irrépressible.

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Une violence qui surgit quand le langage échoue

Le passage à l’acte violent surgit lorsque le sujet se retrouve dans une impasse psychique, où la parole ne peut plus jouer son rôle de médiation. Le conflit intérieur ne peut plus être mis en mots, et la violence devient la seule issue.

Lacan nous montre que le passage à l’acte est une rupture avec le champ symbolique. Dans le cas de la violence, il s’agit d’un basculement dans le réel, où le sujet ne peut plus élaborer son expérience autrement que par un acte immédiat.

Exemples cliniques :

  • Un patient qui frappe soudainement un thérapeute en séance, incapable d’entendre une interprétation qui le confronte à son impasse.
  • Une personne qui attaque physiquement son conjoint après un sentiment d’humiliation extrême, sans préméditation.
  • Un adolescent qui brise une vitre ou s’en prend à un objet au lieu de verbaliser sa colère.

Dans ces cas, la violence ne vise pas à communiquer un message à l’Autre (comme dans l’acting out), mais à interrompre un état insoutenable.

Passage à l’acte violent vs. Violence instrumentale

Toutes les violences ne sont pas des passages à l’acte. On peut distinguer :

Là où la violence instrumentale est utilitaire et reste dans le champ du langage et du calcul, le passage à l’acte violent est une bascule radicale, où le sujet ne semble plus agir en fonction d’un intérêt.

Quand la violence devient un dernier recours

Dans certains cas, la violence traduit un effondrement du sujet face à une situation perçue comme inextricable.

Ce n’est pas la colère qui déclenche le passage à l’acte, mais bien l’absence de toute autre issue.

📌 Exemple marquant : le suicide violent

Le suicide peut être un passage à l’acte ultime, où la personne ne voit plus d’issue et coupe radicalement avec le lien à l’Autre.

📌 Exemple clinique : le féminicide

Certains crimes passionnels illustrent un passage à l’acte violent, où l’auteur, après une rupture, ne supporte plus d’être exclu du désir de l’Autre et bascule dans un acte irrémédiable.

Comment éviter le passage à l’acte ?

Lorsqu’un sujet est pris dans une dynamique de passage à l’acte, l’enjeu est de lui redonner un accès au langage, de lui permettre de réintroduire du sens là où il ne voyait plus d’issue.

Contrairement à une approche qui viserait à censurer ou à contenir uniquement par des moyens externes, l’enjeu en psychanalyse est de permettre au sujet de retrouver une place de sujet parlant, plutôt que de rester enfermé dans l’urgence de l’acte.

Le travail analytique vise alors à :

Identifier le moment de bascule : Quel élément a précipité l’acte ? Qu’est-ce qui a fait vaciller le sujet au point de lui faire perdre son ancrage dans le symbolique ? Il s’agit de repérer la faille, souvent imperceptible, qui a fait basculer le sujet d’un état de tension supportable à une action irréversible.

Repérer ce qui a été insupportable : L’acte surgit souvent lorsqu’un seuil d’angoisse est franchi, lorsqu’aucune autre issue ne semble possible. Il peut s’agir d’un sentiment d’abandon, d’une perte d’identité, d’une blessure narcissique insoutenable. Nommer cette douleur, comprendre ce qui a échappé au sujet, est une étape essentielle pour éviter que la répétition de l’acte ne se rejoue sous une autre forme.

Restaurer une possibilité de symbolisation : L’acte est souvent une réponse brute à un vide de sens, à une absence de mots. Le travail analytique vise à permettre au sujet de réinscrire ce qui s’est passé dans une chaîne signifiante, pour qu’il puisse, à travers la parole, élaborer autrement son expérience plutôt que de la répéter dans l’action.

Le but n’est pas d’empêcher l’acte par un contrôle moral ou médical, ni de le juger, mais d’ouvrir un espace où le sujet puisse à nouveau élaborer son expérience autrement que par l’acte irréversible. Il s’agit de lui rendre possible un autre mode de réponse à la souffrance, en lui permettant d’explorer ce qui, jusque-là, restait indicible.

Le travail psychanalytique ne vise donc pas à "réparer" un sujet qui serait défaillant, mais à lui donner les moyens de réintroduire du jeu dans sa relation au monde, pour que l’acte ne soit plus la seule issue possible.

Lorsque l'acte échappe au sujet, peut-il encore faire lien avec l'inconscient ? Découvrez comment Lacan pense l'acte analytique et son rapport au passage à l’acte.

Le passage à l’acte est une rupture avec le langage, une tentative ultime pour exister autrement. Ce n’est pas un simple excès de violence ou d’impulsivité, mais une réaction à une situation où le sujet se sent nié dans ce qu’il est.

Là où le discours ne suffit plus, l’acte surgit. Il ne demande pas une réponse immédiate, mais une écoute capable de saisir ce qu’il a cherché à dire – au-delà de l’acte lui-même.

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Par Frédérique Korzine,
psychanalyste à Versailles
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