Pourquoi certaines personnes en viennent-elles à poser des actes radicaux, souvent irréversibles, qui semblent défier toute rationalité ? Pourquoi, face à une situation insoutenable, certains passent directement à l’acte plutôt que d’en parler ou d’élaborer autrement ? En psychanalyse, le passage à l’acte désigne précisément ce moment où le sujet s’arrache au langage, où il ne trouve plus d’autre issue que l’action brute, immédiate, souvent extrême. Ce n’est pas un simple comportement impulsif ni un « pétage de plomb » incontrôlé. C’est un basculement, une réponse subjective face à une impasse où le discours ne suffit plus.
Dans le passage à l’acte, le sujet ne tente plus de se faire entendre, il ne négocie plus, il ne parle plus : il agit. C’est un saut dans le vide, souvent marqué par un caractère d’irréversibilité (violence, fuite, suicide…).
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Un adolescent en conflit avec ses parents se sent totalement incompris, nié dans ce qu’il est. Si cet adolescent tente encore de provoquer, de crier, de défier, il est dans l’acting out : il adresse un message, aussi brouillé soit-il. Mais si, dans une situation d’humiliation où il ne se reconnaît plus, il se jette par la fenêtre ou disparaît du jour au lendemain sans laisser de trace, il passe à l’acte.
🔹 Il peut surgir dans des situations où le sujet se sent totalement exclu (rupture amoureuse brutale, rejet social, humiliation).
🔹 Il peut être déclenché par une confrontation à un réel insupportable (apprendre une vérité que l’on ne peut intégrer, faire face à un effondrement psychique).
🔹 Il apparaît souvent chez des sujets qui ont du mal à élaborer leurs conflits par la parole.
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Exemples typiques de passage à l’acte :
Quand le passage à l’acte prend la forme d’une emprise destructrice… Une lecture psychanalytique de la violence conjugale
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Contrairement au passage à l’acte, l’acting out ne vise pas à rompre, mais à interpeller, souvent de manière inconsciente.
Exemples d’acting out :
Un acting out mal interprété peut conduire à des interventions excessives, tandis qu’un passage à l’acte sous-estimé peut mener à un drame.
👉 L’acting out doit être entendu et analysé, car il est une tentative, certes maladroite, de signifier un malaise.
👉 Le passage à l’acte demande une prise en charge rapide et attentive, car il traduit une détresse où la parole ne peut plus circuler.
Si toute violence n’est pas un passage à l’acte, certains passages à l’acte prennent la forme d’une violence soudaine et irrépressible.
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Lacan nous montre que le passage à l’acte est une rupture avec le champ symbolique. Dans le cas de la violence, il s’agit d’un basculement dans le réel, où le sujet ne peut plus élaborer son expérience autrement que par un acte immédiat.
Exemples cliniques :
Là où la violence instrumentale est utilitaire et reste dans le champ du langage et du calcul, le passage à l’acte violent est une bascule radicale, où le sujet ne semble plus agir en fonction d’un intérêt.
Ce n’est pas la colère qui déclenche le passage à l’acte, mais bien l’absence de toute autre issue.
📌 Exemple marquant : le suicide violent
Le suicide peut être un passage à l’acte ultime, où la personne ne voit plus d’issue et coupe radicalement avec le lien à l’Autre.
📌 Exemple clinique : le féminicide
Certains crimes passionnels illustrent un passage à l’acte violent, où l’auteur, après une rupture, ne supporte plus d’être exclu du désir de l’Autre et bascule dans un acte irrémédiable.
✅ Identifier le moment de bascule : Quel élément a précipité l’acte ? Qu’est-ce qui a fait vaciller le sujet au point de lui faire perdre son ancrage dans le symbolique ? Il s’agit de repérer la faille, souvent imperceptible, qui a fait basculer le sujet d’un état de tension supportable à une action irréversible.
✅ Repérer ce qui a été insupportable : L’acte surgit souvent lorsqu’un seuil d’angoisse est franchi, lorsqu’aucune autre issue ne semble possible. Il peut s’agir d’un sentiment d’abandon, d’une perte d’identité, d’une blessure narcissique insoutenable. Nommer cette douleur, comprendre ce qui a échappé au sujet, est une étape essentielle pour éviter que la répétition de l’acte ne se rejoue sous une autre forme.
✅ Restaurer une possibilité de symbolisation : L’acte est souvent une réponse brute à un vide de sens, à une absence de mots. Le travail analytique vise à permettre au sujet de réinscrire ce qui s’est passé dans une chaîne signifiante, pour qu’il puisse, à travers la parole, élaborer autrement son expérience plutôt que de la répéter dans l’action.
Le but n’est pas d’empêcher l’acte par un contrôle moral ou médical, ni de le juger, mais d’ouvrir un espace où le sujet puisse à nouveau élaborer son expérience autrement que par l’acte irréversible. Il s’agit de lui rendre possible un autre mode de réponse à la souffrance, en lui permettant d’explorer ce qui, jusque-là, restait indicible.
Lorsque l'acte échappe au sujet, peut-il encore faire lien avec l'inconscient ? Découvrez comment Lacan pense l'acte analytique et son rapport au passage à l’acte.
Le passage à l’acte est une rupture avec le langage, une tentative ultime pour exister autrement. Ce n’est pas un simple excès de violence ou d’impulsivité, mais une réaction à une situation où le sujet se sent nié dans ce qu’il est.
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