Le sinthome : quand Lacan déconstruit le symptôme
19/2/2025

Le sinthome : quand Lacan déconstruit le symptôme

‍Bienvenue dans Lacan ? Fastoche !, votre lexique lacanien impertinent. Aujourd’hui, on attaque un concept fondamental de la fin de l’enseignement de Lacan : le sinthome. Si vous pensiez que le symptôme était juste un problème à résoudre, Lacan vient bousculer cette idée : le sinthome, ce n’est pas ce qui dysfonctionne, c’est ce qui vous fait tenir debout. Prêt à plonger dans ce labyrinthe où se croisent jouissance, réel et singularité ? C’est parti !

Qu’est-ce que le sinthome ? Un symptôme qui ne veut pas guérir

Si Freud a ouvert la voie en considérant le symptôme comme une formation de compromis, Lacan, lui, pousse l’analyse plus loin : et si ce que nous appelons un « trouble » était en fait ce qui nous tient debout ? Spoiler : c’est ce qu’il appelle le sinthome.

Freud et le symptôme : une affaire de compromis

Chez Freud, le symptôme est une tentative (maladroite) de l’inconscient pour s’exprimer.

Il est le résultat d’un conflit entre une pulsion refoulée et les normes imposées par le Moi. Imaginez un volcan sous pression : au lieu d’exploser, la lave trouve une fissure par laquelle s’échapper. Le symptôme, c’est cette fissure.

En d’autres termes :

Freud mise donc sur une lecture du symptôme pour, idéalement, le faire disparaître. Mais Lacan, lui, va ajouter une subtilité qui change tout.

Lacan et le sinthome : une signature qui ne disparaît pas

Dans la dernière partie de son enseignement, Lacan prend un virage : et si le symptôme n’était pas qu’un message à décoder, mais un mode d’être, une manière unique pour chaque sujet de s’accrocher au réel ?

C’est là que naît son fameux sinthome, qu’il distingue bien du simple symptôme freudien.

Il le dit sans détour :

« L’analyse ne consiste pas à ce qu’on soit libéré de ses sinthomes, puisque c’est comme ça que je l’écris, symptôme. »
(Clôture du congrès de l’EFP, 1975)

Traduction ? Contrairement au symptôme freudien, qui serait un problème à résoudre, le sinthome ne se guérit pas. Il n’est pas un bug à corriger, mais une structure propre à chaque sujet, une façon personnelle de tenir ensemble son désir, son corps et son monde.

Ce n’est donc pas seulement une souffrance ou un trouble : c’est aussi ce qui fait de vous un être unique.

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Le sinthome, entre malheur et solution

Là où Freud cherchait à lever les refoulements pour apaiser la souffrance, Lacan nous invite à accepter que nous sommes tissés de nos sinthomes.

Ce ne sont pas juste des « erreurs de parcours » ; ce sont les piliers invisibles de notre existence.

Exemple ?

  • Vous avez une habitude bizarre, un rituel que vous ne pouvez pas abandonner ? Peut-être que c’est votre sinthome.
  • Vous êtes accro à un type particulier de relations amoureuses, même si elles vous font souffrir ? Votre sinthome en action.
  • Un tic de langage, une obsession étrange, une passion dévorante ? Ce n’est pas un hasard.

Bref, ce qui fait de vous ce que vous êtes ne relève pas d’un équilibre parfait, mais d’un point de fixation, un nœud qui vous structure. Vouloir s’en débarrasser totalement reviendrait à perdre le fil de votre propre existence.

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Pourquoi Lacan écrit-il "sinthome" et pas "symptôme" ?

Si vous pensiez que Lacan orthographiait ses concepts de travers juste pour embêter son monde, détrompez-vous.

Derrière le glissement de symptôme à sinthome se cache une révolution conceptuelle. Ce n’est pas une simple coquetterie de linguiste, mais un moyen de marquer une différence fondamentale : le sinthome n’est pas juste un signe de dysfonctionnement, c’est ce qui soutient le sujet dans son rapport au réel.

Si le mot « symptôme » apparaît dans la langue française dès le XVe siècle, il dérive en réalité du latin symptoma, lui-même issu du grec suntithémi, qui signifie "mettre ensemble". Or, surprise : le dictionnaire étymologique Bloch et von Wartburg nous apprend qu’au départ, ce mot s’écrivait sinthome.

Un simple détail ? Pas du tout. Car Lacan, en grand amateur d’équivoques et de jeux de langage, décide de réhabiliter cette ancienne graphie pour lui donner une nouvelle portée.

Un symptôme qui ne coïncide plus

Traditionnellement, le symptôme est ce qui "tombe ensemble", une coïncidence entre une maladie et un signe observable. Le médecin repère un symptôme, l’analyse et cherche à le supprimer.

Mais pour Lacan, le sinthome, ce n’est pas juste un signe de quelque chose qui cloche. C’est bien plus que ça : c’est ce qui fait tenir le sujet, un point de fixation qui structure son existence.

Le sinthome ne se guérit pas : il est ce qui empêche le sujet de s’effondrer.

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Une orthographe qui change tout

En transformant symptôme en sinthome, Lacan fait d’une pierre trois coups : il imbrique plusieurs niveaux de sens, à la manière d’un bon jeu de mots lacanien.

Alors, que cache ce « h » supplémentaire ?

Symptôme
C’est la définition classique freudienne : un trouble qui révèle un conflit inconscient.

Saint homme
Lacan fait ici un clin d’œil à James Joyce, qu’il étudie en détail dans le Séminaire XXIII, Le Sinthome (1975-76). Pourquoi ? Parce que Joyce a utilisé l’écriture comme un rempart contre la psychose. Plutôt que de se structurer par la fonction paternelle classique (Nom-du-Père), il s’est soutenu par son style, son écriture – son sinthome.

Sin-thome
Si vous coupez le mot en deux, vous obtenez "sin" (péché/manque) et "thome" (tomos, section/coupure en grec). Une allusion à la coupure symbolique, mais aussi à l’idée que le sinthome est ce qui vient boucher un trou dans le symbolique.

Et Lacan ne manque pas de souligner cette orthographe dans son séminaire :

« S-i-n-t-h-o-m-e, ce serait évidemment un peu long à vous expliquer. J’ai choisi cette façon d’écrire pour supporter le nom symptôme. »
(Séminaire XXIII, 1975-76)

Autrement dit, si Lacan prend la peine de le distinguer, c’est que le sinthome n’est pas juste un signe pathologique. C’est une structure, une fixation qui tient lieu de Nom-du-Père quand celui-ci fait défaut.

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Le virage topologique : de la démonstration à la monstration

Pourquoi Lacan en arrive-t-il à s’intéresser à cette question ?

Il faut remonter à 1973, à la fin du séminaire Encore. À ce moment-là, il confesse un échec. Pendant des années, il a tenté de transmettre son enseignement sous une forme mathématique, avec des « mathèmes » permettant une transmission pure, sans perte.

Mais voilà, il réalise qu’aucune formalisation ne peut réellement capter ce qu’est le réel.

« La formalisation mathématique est notre but, notre idéal. Pourquoi ? Parce que seule elle est mathème, c’est-à-dire capable de se transmettre intégralement. »
(Séminaire Encore, 1973)

Or, problème : un mathème, c’est de l’écrit, mais son transfert se fait toujours par la parole. C’est ce qu’il appelle "mon dire", qui n’est jamais neutre.

« C’est par mon dire que cette formalisation, idéal métalanguage, je la fais exister. »
(Séminaire Encore, 1973)

Résultat ? Il abandonne l’approche des mathèmes pour se tourner vers la topologie des nœuds. Désormais, il ne cherche plus à démontrer, mais à montrer, à "faire voir" avec ses fameux nœuds borroméens.

Du nœud à trois au nœud à quatre : L’émergence du sinthome

Jusqu’en 1973, Lacan travaille avec un nœud borroméen à trois dimensions : le Réel, le Symbolique et l’Imaginaire (RSI). Si l’un des trois se défait, c’est la psychose, le sujet n’a plus de cohérence interne.

Mais dès 1974-75 (séminaire RSI), Lacan introduit un quatrième élément : le sinthome. Pourquoi ? Parce que le nœud borroméen ne tient pas naturellement tout seul. Il a besoin d’un élément compensatoire, d’un "suppléant" qui assure son maintien.

Le sinthome, c’est ce qui empêche le sujet de sombrer, même s’il ne "colle" pas parfaitement avec les trois autres registres. Il vient bricoler une solution là où le père, le Nom-du-Père en particulier, fait défaut.

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Le sinthome, substitut du Nom-du-Père

Le Nom-du-Père, c’est ce qui assure traditionnellement la structure psychique du sujet en fixant le rapport à la loi et à la filiation.

Mais que se passe-t-il quand il est absent, quand il est "forclos" ? La psychose guette.

C’est là qu’intervient le Père-du-Nom, un autre mode de nomination, un autre support qui fait office de "béquille". Lacan l’illustre avec James Joyce, écrivain dont la psychose est "compensée" par son œuvre.

« Le père comme nom et comme celui qui nomme, ce n’est pas pareil. Le père est cet élément quart sans lequel rien n’est possible dans le nœud du symbolique, de l’imaginaire et du réel. »
(Conférence au Symposium James Joyce, 1975)

Autrement dit, on peut tenir debout avec un sinthome à la place du Nom-du-Père. Et Joyce, en transformant son écriture en ancrage existentiel, illustre parfaitement ce principe.

Un bricolage pour exister

Ce qui rend le sinthome unique, c’est qu’il ne se contente pas d’être un signe de trouble : il est ce qui permet au sujet de tenir. Il est à la fois problème et solution, une façon pour chacun de bricoler un équilibre psychique, parfois malgré lui.

Exemple ?

  • Vous avez une passion qui frôle l’obsession ? Un rituel que vous devez absolument suivre pour vous sentir bien ? Ce n’est pas qu’une lubie, c’est peut-être votre sinthome, ce qui vous permet de tenir debout.
  • James Joyce, lui, a remplacé son père symbolique par son écriture. Il ne délirait pas, il écrivait. Et c’est son style qui a joué le rôle de stabilisateur.

Le sinthome, c’est donc bien plus qu’un symptôme : c’est un point d’ancrage, un mode d’être qui s’impose, et parfois même qui sauve.

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Le sinthome, une fixation qui ne se résout pas

Si vous pensiez que le sinthome allait gentiment disparaître après quelques séances sur le divan, détrompez-vous.

Contrairement au symptôme freudien, qui peut être levé par l’analyse, le sinthome, lui, ne se dissout pas.

Il persiste, il s’accroche, il colle à la peau. Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas seulement une manifestation du refoulé, mais une structure qui permet au sujet de tenir debout.

Un mode de jouissance

Là où Freud voyait dans le symptôme une expression du conflit inconscient, Lacan voit dans le sinthome un mode de jouissance.

En d’autres termes, ce n’est pas simplement quelque chose qui fait souffrir : c’est aussi quelque chose qui fait tenir, qui produit un certain plaisir, voire un plaisir douloureux – ce que Lacan appelle la jouissance.

Prenons quelques exemples concrets :

  • 🖊️ L’écrivain obsessionnel qui passe des heures à réécrire ses phrases, incapable de s’arrêter. Ce n’est pas un simple symptôme névrotique, c’est sa manière de se structurer, son mode de jouissance unique.
  • 🎭 L’artiste torturé qui transforme sa souffrance en œuvre d’art. Son sinthome n’est pas qu’un problème, c’est aussi sa solution.
  • 🧼 Le maniaque du rangement qui ne peut fonctionner que dans un espace parfaitement organisé. Ce n’est pas juste un TOC, c’est une fixation qui l’aide à tenir.

Lacan le formule ainsi :

« Ce qui choit ensemble est quelque chose qui n’a rien à faire avec l’ensemble. Un sinthome n’est pas une chute, quoique ça en ait l’air. »
(Séminaire XXIII, 1975-76)

Traduction ? Ce qui semble être un « bug » chez un sujet est en réalité ce qui l’empêche de sombrer. Ce n’est pas une simple anomalie, c’est un point d’ancrage, une fixation autour de laquelle le sujet se stabilise.

Le sinthome, entre répétition et singularité

Contrairement au symptôme classique qui se répète comme un message crypté à décoder, le sinthome n’est pas une simple répétition : il est une signature.

Chaque sujet a le sien, unique, irréductible, intransmissible.

« C’est au point que je considère que vous là, tous tant que vous êtes, vous avez comme sinthome chacun sa chacune. Il y a un sinthome il et il y a un sinthome elle. »
(Séminaire XXIII, 1975-76)

Autrement dit, votre sinthome vous colle à la peau et vous distingue des autres. C’est votre manière singulière de traiter l’angoisse, de gérer votre rapport au langage et au réel.

Mais alors, si le sinthome ne se guérit pas, que fait-on avec ?

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L’analyste, un sinthome pour l’analysant ?

Vous pensiez que l’analyste était là pour guérir ? Mauvaise nouvelle : en psychanalyse, on ne « guérit » pas vraiment, du moins pas au sens médical du terme.

L’analyste ne prescrit pas de traitement, il ne corrige pas, il ne normalise pas. Il fait émerger quelque chose d’autre : le sinthome du patient.  Il est une présence qui permet à l’analysant de rencontrer son réel. Et ironie du sort, lui-même devient un sinthome dans la cure.

L’analyste n’est pas un guérisseur, c’est un sinthome

Si vous allez voir un psy en espérant qu’il vous « répare », vous êtes mal barré.

La psychanalyse ne fonctionne pas comme la médecine. Le but n’est pas de supprimer le sinthome, mais de le reconnaître et de l’apprivoiser. Et pour cela, l’analyste occupe une place bien particulière : il devient lui-même un sinthome pour l’analysant.

Lacan est sans équivoque :

« Je pense qu’effectivement, le psychanalyste ne peut pas se concevoir autrement que comme un sinthome. »
(Séminaire XXIII, 1975-76)

Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

  • L’analyste n’est pas un maître du savoir qui viendrait éclairer l’analysant.
  • Il n’est pas un guide qui donnerait des conseils sur « comment mieux vivre ».
  • Il est une présence, un miroir tordu qui permet au patient d’entrer en contact avec son propre réel.

Il ne s’agit donc pas d’une relation de soin classique. L’analyste n’est pas un chirurgien du psychisme : il est une surface de projection où le patient va découvrir ce qui lui échappe. C’est pourquoi Lacan insiste sur le fait que l’analyste doit occuper la place du manque, du vide, du non-savoir.

La chute du Sujet Supposé Savoir

Dès qu’un patient entre en analyse, il croit (plus ou moins inconsciemment) que l’analyste détient un savoir sur lui.

C’est ce que Lacan appelle le Sujet Supposé Savoir : on suppose que le psy « sait quelque chose » qu’on ignore sur notre propre inconscient.

Mais voilà : cette illusion ne doit pas durer. Si la cure fonctionne, il y a un moment où cette supposition doit tomber. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas l’analyste qui détient la vérité du patient, c’est son propre sinthome qui parle pour lui.

Lacan va encore plus loin en disant :

« Tant que vous n’aurez pas admis ça, vous en serez encore à demander ce dont je parle quand je parle de désêtre et de désubjectivation. »
(Clôture du congrès de l’EFP, 1975)

Décryptage :

Moralité : on ne sort pas d’une analyse avec une réponse toute faite, on rencontre son propre réel. Ce réel n’est pas un savoir clair et rassurant, c’est plutôt une béance, un manque, un trou. L’analysant ne devient pas « guéri », il devient autre. Il apprend à habiter ce manque sans chercher à le combler par des illusions.

Ce que l’analyste fait (et ne fait pas)

Il écoute ce qui échappe au discours du patient.
Il occupe une place vide, sans imposer son propre savoir.
Il incarne le sinthome qui permet à l’analysant de rencontrer le sien.

🚫 Il ne conseille pas.
🚫 Il ne donne pas de solutions toutes faites.
🚫 Il ne cherche pas à supprimer les symptômes, mais à en révéler la logique.

Bref, si vous attendez des réponses, c’est raté. Si vous voulez mieux comprendre ce qui vous hante, bienvenue. 😏

Le sinthome dans la vie quotidienne

Vous pensiez que le sinthome était réservé aux artistes maudits et aux analysants en fin de cure ?

Mauvaise nouvelle : vous en avez un aussi.

Et il ne s’agit pas seulement de quelques névroses mignonnes ou de légers travers du quotidien. Votre sinthome, c’est ce qui vous tient debout.

Un rituel, une obsession… ou une manière d’exister ?

Ce qui vous semble anodin – une habitude, un tic, une obsession légère – est en réalité votre point d’ancrage. C’est votre manière de tenir face au chaos du réel.

Quelques exemples :

  • Le sportif qui panique s’il rate un entraînement : ce n’est pas juste une discipline de fer, c’est un point de fixation qui structure son quotidien.
  • L’obsession de ranger ses affaires au millimètre près : ce n’est pas qu’un besoin d’ordre, c’est un mode de jouissance qui sécurise un rapport au monde.
  • La manie de vérifier trois fois si la porte est bien fermée : ce n’est pas une simple précaution, c’est une façon d’apaiser un vide, de se raccrocher à quelque chose de stable.
  • L’écrivain incapable d’envoyer un texte tant qu’il ne l’a pas réécrit quinze fois : ce n’est pas de la perfectionnisme, c’est une nécessité sinthomatique.

Lacan ne dit pas que nous avons tous un sinthome, il dit que nous sommes notre sinthome :

« Il y a un sinthome il et il y a un sinthome elle. »
(Séminaire XXIII, 1975-76)

Autrement dit, chacun de nous porte un sinthome comme une signature unique. Ce n’est pas un simple symptôme à traiter, c’est un mode de jouissance, une manière d’exister qui nous colle à la peau.

Quand le sinthome devient moteur

Le sinthome n’est pas seulement une gêne ou une contrainte, il est aussi ce qui nous pousse à avancer.

Pensez aux plus grands créateurs :

  • James Joyce, l’écrivain que Lacan prend comme modèle du sinthome, dont la langue inextricable reflète sa manière de s’accrocher au réel.
  • Beethoven, qui continue à composer même après avoir perdu l’ouïe – parce que sa musique n’est pas qu’un talent, c’est son mode d’être au monde.
  • Les entrepreneurs obsessionnels, qui répètent inlassablement les mêmes schémas, non pas par pure ambition, mais parce que c’est leur sinthome qui les pousse.

Le sinthome, loin d’être un handicap, est aussi une force. Il peut être souffrant, mais il est surtout un moteur, un mode d’être qui nous fait tenir ensemble.

Vous commencez à voir comment votre propre sinthome organise votre vie ?

Peut-on « guérir » du sinthome ?

Vous espériez vous débarrasser de votre sinthome comme on enlève un vieux pansement ?

Mauvaise nouvelle : ce n’est pas une verrue qu’on brûle chez le dermato. Le sinthome ne se soigne pas, il se transforme, se réinvente, se sublime.

Accepter plutôt que supprimer

Lacan est catégorique : vous ne serez jamais "guéri" de votre sinthome. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas une maladie, c’est votre manière d’être au monde.

La psychanalyse ne vise pas à l’éradiquer, mais à vous aider à le repérer, à le comprendre et, surtout, à en faire quelque chose.

« Désêtre, c’est le désêtre du psychanalyste à la fin d’une psychanalyse. »
(Clôture du congrès de l’EFP, 1975)

En gros : il ne s’agit pas de faire disparaître le sinthome, mais de ne plus s’y accrocher comme si c’était une fatalité.

La clé n’est pas la suppression, mais la souplesse. On ne sort pas indemne d’une analyse, mais on apprend à danser avec son sinthome, à l’utiliser plutôt qu’à le subir.

Transformer le sinthome en force créatrice

Si certains restent coincés dans leur sinthome comme dans un mauvais rêve, d’autres en font un moteur de création.

🖋️ James Joyce, modèle absolu du sinthome selon Lacan, a transformé sa langue en un labyrinthe insensé. Son écriture n’est pas juste un style, c’est son mode d’existence.
🎭 Beckett, dont les personnages sont condamnés à répéter les mêmes gestes absurdes – parce que le sinthome est aussi une mise en scène de l’échec.
🎶 Kurt Cobain, qui n’a jamais cessé de hurler son malaise, jusqu’à ce qu’il devienne une signature musicale.

« Ce qui choit ensemble est quelque chose qui n’a rien à faire avec l’ensemble. Un sinthome n’est pas une chute, quoique ça en ait l’air. »
(Séminaire XXIII, 1975-76)

💡 L’idée n’est pas de se débarrasser du sinthome, mais de le mettre au service de quelque chose : un art, une écriture, une passion… une façon unique d’être.

Et vous, qu’allez-vous faire du vôtre ?

Conclusion ? Votre sinthome est votre signature

Vous pensiez vous débarrasser de votre sinthome comme on jette un vieux manteau ? Mauvaise nouvelle : c’est ce manteau qui vous tient chaud.

Le sinthome, c’est votre empreinte, votre marque, votre mode d’être. Il ne se corrige pas, il ne se soigne pas, il ne disparaît pas. Mais il peut se transformer – si vous apprenez à le regarder en face.

Ce qu’il faut retenir :

Le sinthome n’est pas une maladie, c’est une fixation qui vous structure. Vous ne pouvez pas l’éradiquer, et ce n’est pas un bug à corriger. C’est votre signature unique dans le monde.

Il ne se guérit pas, il se reconnaît et se transforme. Vouloir s’en débarrasser, c’est vouloir s’effacer soi-même. Mieux vaut apprendre à s’en servir qu’à le fuir.

L’analyste est un sinthome pour le patient, pas un maître du savoir. Il ne vous apporte pas LA réponse, il vous accompagne pour que vous trouviez votre propre manière d’être.

Chacun a son sinthome, cette chose qui fait qu’il est unique. Vous pensiez être un être logique, rationnel, libre ?

Désolé, vous êtes surtout un sinthome ambulant. Et c’est ça qui vous rend intéressant.

Par Frédérique Korzine,
psychanalyste à Versailles
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