Féminicide en France : un fléau alarmant
En 2024, 93 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon, selon le Collectif Féminicides par compagnons ou ex. En 2023, elles étaient 118.
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Chaque année, les chiffres varient, mais le constat reste le même : la violence conjugale extrême persiste, traversant toutes les classes sociales, tous les milieux, et toutes les régions.
Derrière ces statistiques glaçantes, il y a des visages, des histoires brisées.
- Vanessa, 42 ans, institutrice à Metz, poignardée devant son enfant par son ex-compagnon.
- Angelina, 55 ans, assassinée à coups de hachette à Compiègne par un homme qui ne supportait pas leur rupture.
- Laura, 27 ans, étranglée après avoir annoncé son départ.
Le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) rappelle que tous les deux jours en France, une femme meurt sous les coups de son conjoint.
Derrière ce phénomène, la répétition d’un schéma tragique : un homme qui refuse la séparation et choisit la destruction plutôt que la perte.
Un passage à l’acte ancré dans une dynamique psychique profonde
Pourquoi ces hommes ont-ils tué ?
Contrairement à l’idée du "coup de folie", la plupart de ces meurtres sont prémédités, et s’inscrivent dans un processus psychique complexe.
Si la sociologie explique ces crimes par des facteurs culturels, économiques et sociaux (inégalités de genre, contrôle patriarcal), la psychanalyse met en lumière une mécanique inconsciente de possession et de destruction. L’homme qui tue ne peut concevoir l’existence de la femme en dehors de lui. Dans son esprit, elle doit être sienne ou ne plus être du tout.
Ce lien entre possession et annihilation est au cœur de la question du féminicide :
- Pourquoi certains hommes ne supportent-ils pas l’autonomie de leur compagne ?
- Qu’est-ce qui, dans leur construction psychique, rend la séparation intolérable ?
- Quel est ce passage du désir d’amour à la volonté de destruction totale ?
Ces interrogations sont essentielles pour comprendre le mécanisme inconscient qui mène au passage à l’acte.
La destruction comme ultime lien
Sigmund Freud, dans ses travaux sur la dualité pulsionnelle, évoquait la pulsion de mort (Thanatos), une force aussi fondamentale que la pulsion de vie (Eros).
Ces deux dimensions coexistent en chacun de nous, s’entremêlant dans les liens affectifs, l’attachement et la séparation. Mais dans le féminicide, la pulsion de mort prend le dessus et s’exprime dans un acte destructeur radical, où la perte devient insupportable.
L’homme qui tue ne détruit pas seulement l’autre : il s’autodétruit psychiquement.
- Il ne peut concevoir une séparation où il survivrait psychiquement intact.
- Il ne supporte pas l’idée que la femme puisse exister sans lui.
- L’absence, l’abandon, la perte sont perçus comme une atteinte narcissique majeure.
Il la perçoit comme une extension de lui-même, un objet narcissique qui lui appartient. Son existence en dehors de son contrôle est intolérable, vécue comme une forme de trahison ultime.
Féminicide et angoisse de castration : une toute-puissance illusoire
La psychanalyse nous enseigne que dans la construction psychique masculine, la question de la castration symbolique est centrale.
Perdre l’autre, c’est perdre une partie de soi, une partie investie narcissiquement comme essentielle à son identité.
Le meurtre devient alors une tentative désespérée de restaurer un pouvoir absolu :
- Tuer, c’est ne pas perdre. Plutôt que de subir une séparation, l’agresseur l’impose sous une forme définitive.
- Détruire, c’est contrôler. L’angoisse d’abandon est transformée en acte de toute-puissance illusoire.
- Supprimer, c’est refuser la castration. Ne pas supporter la perte signifie ne pas accepter la finitude, le manque, la limite.
Dans cette logique, le féminicide est moins un acte de rage immédiate qu’un passage à l’acte profondément ancré dans une structure psychique pathologique, où l’autre n’a de valeur que tant qu’elle reste sous emprise.
Le fantasme de possession et l’impossible séparation
Les témoignages de victimes de violences conjugales révèlent souvent un même schéma psychique : un amour fusionnel qui, au fil du temps, se transforme en dépendance affective extrême et en volonté de contrôle absolu.
Derrière ces relations toxiques, une logique inconsciente s’impose : l’autre n’existe qu’à travers moi, et sans moi, il ne peut exister.
L’amour comme domination : une confusion mortelle
Dans l’imaginaire de certains hommes, l’amour ne peut exister sans domination.
Ce n’est pas un échange entre deux sujets autonomes, mais une relation d’emprise, où la femme devient un objet d’appropriation. Dès lors, la séparation ne peut être perçue que comme une trahison, un rejet insupportable qui menace l’intégrité narcissique de l’agresseur.
Ce basculement du lien amoureux vers la destruction trouve des résonances profondes dans les mythes et la littérature :
- Médée, dévastée par l’abandon de Jason, tue ses propres enfants pour le punir, incarnant une rage destructrice où la possession passe par l’anéantissement.
- Don José, incapable d’accepter le choix de Carmen, l’assassine parce qu’elle ose exister hors de son désir.
- Othello, rongé par la jalousie, tue Desdémone sous l’emprise d’un fantasme de trahison qui ne supporte aucune altérité.
Ces récits mettent en scène un mécanisme psychique universel : lorsque le fantasme de possession se heurte à la réalité du manque et de la séparation, il peut basculer dans la destruction totale.
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Le féminicide : un refus de l’altérité
Au-delà du simple crime passionnel, le féminicide est l’expression extrême du refus de l’autre en tant qu’être indépendant.
La femme n’est plus un sujet désirant, elle devient une extension narcissique de l’agresseur. Dans cette logique :
- Elle ne peut partir sans détruire l’équilibre psychique de l’homme.
- Sa liberté devient une menace insoutenable.
- Son autonomie est vécue comme une castration intolérable.
Dans cette spirale, la pulsion de mort prend le relais du lien amoureux, transformant la relation en une dynamique où posséder et détruire deviennent les seules issues psychiques envisageables.
La répétition du trauma et l’histoire familiale
La psychanalyse met en lumière un mécanisme fondamental : la répétition du trauma. Ce qui n’a pas été symbolisé par le sujet revient sous forme d’acte, souvent de manière compulsive, comme une mise en scène inconsciente d’un conflit non résolu.
L’enfant témoin de la violence : un héritage inconscient
Un enfant exposé à des scènes de domination, d’humiliation ou de maltraitance peut, une fois adulte, rejouer ces scénarios sans en avoir pleinement conscience.
Ce processus psychique repose sur plusieurs mécanismes :
- L’identification à l’agresseur : Pour survivre psychiquement à la violence, l’enfant peut s’identifier au persécuteur et reproduire son mode de relation.
- L’incapacité à symboliser la séparation : Si l’enfant n’a jamais appris que la séparation fait partie du lien, il peut, à l’âge adulte, ne pas tolérer l’autonomie de l’autre.
- La répétition comme tentative de maîtrise : Revivre la scène de violence permet, paradoxalement, d’essayer d’en prendre le contrôle, de dominer ce qui fut autrefois subi.
Bien sûr, cela ne signifie pas que tout homme issu d’un foyer violent deviendra un meurtrier.
Mais lorsque la violence devient le seul modèle relationnel, et que le sujet n’a pas d’autre moyen d’élaborer la frustration, la colère ou la perte, le passage à l’acte peut devenir la seule issue psychique envisagée.
Tuer la compagne pour tuer la mère archaïque
Certains agresseurs ne se contentent pas de tuer leur conjointe. Symboliquement, ils cherchent à tuer en elle une figure archaïque qui les hante depuis l’enfance :
- Une mère perçue comme toute-puissante, une femme qui décide, qui donne et retire l’amour.
- Une figure maternelle ambivalente, à la fois désirée et crainte, nourricière et castratrice.
- Une femme qui échappe à leur contrôle, ce qui ravive une angoisse infantile de rejet et d’abandon.
Dans cette perspective, le féminicide est une tentative extrême de résoudre une angoisse primaire :
- L’homme ne supporte pas de revivre une séparation précoce traumatique.
- Il cherche à annihiler la source de son insécurité psychique, sans comprendre qu’elle est intérieure et non extérieure.
- Il répète un scénario ancien, où la violence est le seul langage qu’il connaît pour exprimer la détresse.
Ainsi, derrière l’acte criminel, il y a une histoire psychique profondément marquée par l’impossibilité d’accepter l’altérité : la femme n’est pas un sujet libre, elle est le réceptacle d’un conflit interne non résolu, d’une blessure archaïque qui ressurgit dans le présent sous la forme d’un passage à l’acte tragique.
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Un crime inscrit dans une dynamique sociale et culturelle
Si le féminicide est avant tout un acte individuel, il s’enracine également dans une construction sociale qui alimente et perpétue des rapports de domination entre les sexes.
Depuis des siècles, la société a entretenu l’idée implicite que la femme appartient à l’homme, une conception profondément ancrée dans l’histoire des relations de pouvoir.
L’héritage culturel de la possession
Dans de nombreuses cultures, l’homme a longtemps été le garant du foyer et de l’honneur familial, tandis que la femme était considérée comme un bien à protéger ou à contrôler. Si cette vision a évolué, des stéréotypes persistants continuent d’entretenir une asymétrie dans les relations :
- L’homme jaloux est vu comme un homme passionné, renforçant l’idée que l’amour implique le contrôle.
- La femme indépendante est parfois perçue comme une menace pour l’ordre établi, car elle échappe à la norme du couple dominé par l’homme.
- Le mythe de l’amour fusionnel et exclusif nourrit l’idée qu’un lien amoureux doit être total, sans séparation possible.
Ces représentations culturelles forment un terreau inconscient où l’idée même de la séparation devient une faille narcissique inacceptable, un affront à l’image de l’homme dominant. Dans ce contexte, le féminicide s’inscrit dans une histoire collective, où la violence conjugale et la possession des femmes ont longtemps été tolérées, voire normalisées.
L’inconscient collectif et la transmission de la violence
La psychanalyse ne se limite pas à une lecture individuelle du crime.
Elle interroge également l’inconscient collectif, ces structures mentales profondes qui se transmettent de génération en génération, bien souvent de manière invisible.
Le féminicide, en tant qu’acte extrême, indique que quelque chose continue d’être transmis au sein de la culture et des représentations sociales. Pourquoi ces crimes restent-ils pensables et réalisables ? Cette question dépasse le simple cadre du passage à l’acte individuel et nous interroge sur :
- La persistance des rapports de domination dans l’inconscient collectif.
- Le poids des normes culturelles qui légitiment encore certains comportements violents.
- La transmission intergénérationnelle de la violence et des modèles relationnels toxiques.
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Comprendre pour mieux déconstruire
Si les efforts de prévention sont essentiels, ils ne suffisent pas à déraciner un phénomène qui repose sur des représentations profondément ancrées. L’enjeu n’est pas seulement de sanctionner les auteurs de féminicides, mais d’interroger la structure même de la pensée qui rend ces actes possibles.
Comment briser cette chaîne invisible de transmission ?
Comment déconstruire les modèles archaïques de possession et de contrôle ?
C’est en explorant les racines profondes de la violence – individuelles, familiales et culturelles – que l’on pourra véritablement démanteler le mécanisme qui alimente encore aujourd’hui ces crimes.
Féminicide : une mise en acte de l’angoisse de perte
Le féminicide est l’expression extrême d’un rapport pathologique à l’autre, où la perte est vécue comme une menace insurmontable.
Dans l’esprit de l’auteur du crime, l’altérité est intolérable : l’autre ne peut exister qu’à travers lui, sous son contrôle, et jamais comme un sujet autonome.
La séparation, loin d’être une étape relationnelle normale, est perçue comme une atteinte narcissique majeure, un abandon qui ravive des angoisses archaïques liées à la castration et au rejet. Le meurtre devient alors un acte défensif radical, une tentative désespérée d’anéantir l’insupportable plutôt que de le subir.
Comprendre pour mieux déconstruire
La psychanalyse ne se limite pas à l’analyse du passage à l’acte.
Elle nous pousse à regarder au-delà du crime, à interroger ce qui, dans la structure psychique et sociale, permet qu’un homme en arrive à tuer celle qu’il ne peut plus posséder.
- Quels modèles relationnels sont transmis dès l’enfance ?
- Quelles croyances culturelles maintiennent encore l’idée qu’une femme doit être soumise ?
- Comment la société continue-t-elle, parfois inconsciemment, à tolérer certaines formes de domination ?
Ces questions sont essentielles pour sortir d’une lecture strictement criminologique et judiciaire du féminicide. Comprendre ces mécanismes ne signifie pas les excuser, mais sans cette analyse en profondeur, ces drames continueront de se répéter comme une énigme insoluble.
Conclusion : une lutte contre l’invisible
Le féminicide n’est pas un acte isolé : il est l’aboutissement d’une logique inconsciente où possession et destruction s’entremêlent, où la femme est perçue comme un objet narcissique indispensable plutôt que comme un être autonome.
Tant que la société ne prendra pas pleinement conscience de ces dynamiques invisibles, tant que la transmission culturelle des modèles d’emprise et de domination ne sera pas déconstruite, la violence extrême continuera de frapper.
Lutter contre le féminicide, c’est agir sur plusieurs niveaux :
✔ Accompagner les victimes avant qu’elles ne soient en danger de mort.
✔ Éduquer sur les mécanismes psychiques de la possession et de la séparation.
✔ Détruire les représentations toxiques qui banalisent la domination et le contrôle.
Car il ne s’agit pas seulement d’empêcher un passage à l’acte : il faut empêcher qu’il soit encore possible de penser que tuer puisse être une solution.