Hikikomori, un phénomène en expansion en France... Le syndrome Hikikomori est un trouble caractérisé par un retrait social extrême, où les individus, souvent de jeunes adultes, s’enferment dans leur chambre pendant des mois, voire des années, sans interaction avec le monde extérieur. Ce phénomène, initialement décrit au Japon, gagne du terrain en France et soulève des questions fondamentales : Quelles sont les causes de cette réclusion ? Quelles sont les pathologies associées ? Comment aider ces personnes à sortir de leur isolement ? Vous souhaitez mieux comprendre ce phénomène inquiétant et savoir comment il est pris en charge en France et au Japon ? Découvrez son origine, ses manifestations et les approches thérapeutiques qui ont fait leurs preuves.
Le psychiatre japonais Tamaki Saitō, qui a popularisé le terme dans les années 1990, définit ce syndrome comme un état où une personne se coupe durablement du monde extérieur, sans trouble psychiatrique majeur expliquant directement cette situation.
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Isolement social total pendant au moins six mois : la personne ne quitte plus son domicile ou uniquement pour des besoins essentiels (ex. courses tard le soir pour éviter les interactions).
Absence d’activité scolaire, professionnelle ou sociale : la personne a abandonné ses études, ne travaille pas et n’a plus d’interactions avec des amis ou des collègues.
Dépendance aux parents (dans la majorité des cas) : souvent, le Hikikomori vit chez ses parents, qui subviennent à ses besoins matériels, ce qui prolonge l’isolement.
Pas de pathologie psychiatrique sous-jacente évidente expliquant l’isolement : bien que des comorbidités existent (dépression, phobie sociale), le retrait social est le symptôme principal et non une conséquence directe d’un trouble psychotique ou neurologique.
Réversion du cycle veille-sommeil : nombreux Hikikomori vivent la nuit et dorment le jour pour éviter toute interaction avec la société.
Forte consommation d’internet et jeux vidéo : bien que tous les Hikikomori ne soient pas accros aux écrans, beaucoup passent des heures sur internet, les jeux en ligne, ou les réseaux sociaux pour combler leur vide social.
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Mais le phénomène ne se limite pas au Japon. Des cas sont de plus en plus signalés en Corée du Sud, en Chine, aux États-Unis, et en Europe, notamment en France, où l’on estime qu’environ 50 000 jeunes seraient concernés.
📌 Fait intéressant : au Japon, on distingue parfois deux catégories de Hikikomori :
1️⃣ Hikikomori "classiques" : jeunes adultes entre 15 et 39 ans qui s’isolent de la société.
2️⃣ Hikikomori âgés ("8050 problem") : des personnes de plus de 40 ou 50 ans vivant encore chez leurs parents vieillissants, créant une dépendance intergénérationnelle problématique.
Plus le retrait dure, plus il devient difficile de réintégrer la société. Le risque est de basculer dans une exclusion sociale permanente, avec une forte dépendance familiale et, dans certains cas, des troubles secondaires comme la dépression sévère ou des tendances suicidaires.
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Le système éducatif japonais est extrêmement compétitif. Dès l’enfance, les élèves sont soumis à une forte pression pour réussir les examens d’entrée aux meilleures écoles et universités. L’échec est socialement stigmatisé, poussant certains jeunes à se replier par peur de la honte familiale et sociale.
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Dans le monde du travail, la situation est similaire : les salariés doivent faire preuve d’une loyauté totale à leur entreprise, avec des horaires exigeants et une faible flexibilité. Les jeunes adultes qui échouent à entrer dans le marché du travail ou à s’adapter aux codes professionnels japonais peuvent perdre confiance en eux et se retirer progressivement de la société.
Le Japon est une société où le regard des autres joue un rôle fondamental. L’idée de perdre la face est une source de stress immense. Un jeune qui échoue scolairement, qui ne trouve pas d’emploi stable ou qui ne correspond pas aux attentes familiales et sociales peut ressentir une honte insurmontable (haji).
Plutôt que d’affronter le regard des autres, certains préfèrent se retirer totalement du monde pour éviter d’être jugés. Ce phénomène est renforcé par une culture où l’expression des émotions est peu encouragée, rendant difficile le fait de demander de l’aide.
De nombreux Hikikomori vivent chez leurs parents, parfois jusqu’à un âge avancé. Cette dépendance est renforcée par plusieurs aspects :
Le système japonais, basé sur une forte pression sociale et une dépendance familiale prolongée, crée un cercle vicieux : plus l’isolement dure, plus il est difficile de sortir du statut de Hikikomori.
En France, plusieurs facteurs spécifiques contribuent à la montée du phénomène :
Si la pression scolaire en France est moins extrême qu’au Japon, l’insertion professionnelle est souvent compliquée. La peur de l’échec, les difficultés à trouver un premier emploi stable, et le sentiment d’être "inadapté" à un marché du travail exigeant poussent certains jeunes à se retirer progressivement.
De nombreux cas de Hikikomori en France sont liés à un passé de harcèlement scolaire. Rejetés par leurs camarades, certains jeunes développent une phobie sociale qui les conduit à couper tout contact avec l’extérieur.
Le cyberharcèlement aggrave le phénomène, car même après l’école, les jeunes restent exposés aux humiliations sur les réseaux sociaux. L’isolement devient alors une protection contre la souffrance.
L’accès facile aux jeux vidéo, aux forums et aux réseaux sociaux permet aux jeunes en retrait de maintenir une "interaction virtuelle" tout en restant isolés physiquement. Contrairement au Japon, où les Hikikomori sont souvent totalement coupés du monde, les jeunes français Hikikomori peuvent interagir en ligne, ce qui rend leur isolement moins visible aux yeux de leur entourage.
Le syndrome Hikikomori est encore peu reconnu en France, ce qui complique le diagnostic et la prise en charge. Contrairement au Japon, où des associations et des travailleurs sociaux spécialisés interviennent à domicile, la France manque de dispositifs dédiés.
Un phénomène à surveiller : l’isolement des jeunes s’est accentué après la pandémie de Covid-19. Les confinements ont servi de "prétexte" à certains pour couper totalement le contact avec l’extérieur, rendant encore plus difficile leur réinsertion post-pandémie.
La distinction entre cause et conséquence est parfois difficile à établir : l’isolement peut résulter d’une pathologie préexistante, mais il peut aussi induire des troubles secondaires en raison de la privation prolongée de stimulations sociales et cognitives.
Ces comorbidités ne sont pas systématiques, mais elles influencent l’évolution du syndrome et la complexité de la prise en charge.
Les personnes atteintes de ce trouble présentent une peur extrême du rejet et une faible estime de soi. Elles évitent toute interaction qui pourrait entraîner une critique ou une humiliation. L’isolement du Hikikomori devient alors un mécanisme de protection contre l’anxiété sociale.
Le Hikikomori partage des similitudes avec la phobie sociale, caractérisée par une peur intense du regard des autres. Toutefois, alors que certains phobiques sociaux continuent d’avoir une vie extérieure limitée (sorties contraintes, évitement sélectif), les Hikikomori adoptent un retrait total.
De nombreux Hikikomori souffrent d’une dépression profonde qui les pousse à se couper du monde. L’absence de motivation, la perte d’intérêt pour les interactions et l’incapacité à envisager un avenir sont des signes fréquents. L’inhibition psychomotrice (difficulté à prendre des décisions, sentiment d’épuisement permanent) contribue au maintien de l’isolement.
Certains Hikikomori présentent des traits du trouble du spectre autistique (TSA), en particulier le syndrome d’Asperger. Ces jeunes ont souvent des difficultés à décoder les interactions sociales, une hypersensibilité sensorielle et un besoin marqué de routines. L’isolement peut être un moyen de gérer l’anxiété liée aux relations sociales complexes.
Dans certains cas, le Hikikomori est un précurseur de la schizophrénie. L’isolement peut être accompagné de retraits cognitifs, d’une désorganisation de la pensée ou de délires naissants. Si des symptômes psychotiques apparaissent (hallucinations, paranoïa), une évaluation psychiatrique approfondie est nécessaire pour différencier Hikikomori et psychose émergente.
L’anxiété chronique est un facteur clé du retrait social. Certains Hikikomori développent des attaques de panique à l’idée de sortir de chez eux. Le stress lié à la pression sociale ou familiale peut provoquer un événement déclencheur qui les pousse à rompre brutalement avec l’extérieur.
Il est essentiel de différencier un Hikikomori souffrant d’un trouble psychiatrique sous-jacent d’un cas où le retrait social est une réaction à des pressions externes (harcèlement, échec scolaire, environnement toxique). Dans certains cas, une prise en charge médicamenteuse (antidépresseurs, anxiolytiques) peut être envisagée, mais elle doit être accompagnée d’un suivi thérapeutique structuré pour favoriser la réinsertion.
Les écrans sont-ils une cause ou une conséquence de l’isolement ?
Il est trompeur de penser que le Hikikomori est causé par une addiction aux jeux vidéo ou aux réseaux sociaux. L’isolement précède souvent la dépendance numérique. Cependant, une fois replié sur lui-même, le jeune va trouver refuge dans les mondes virtuels, qui deviennent son principal mode d’interaction sociale.
Les Hikikomori jouent souvent à des jeux en ligne massivement multijoueurs (MMORPG) comme World of Warcraft, Final Fantasy XIV ou Genshin Impact. Ces jeux offrent une identité virtuelle valorisante, où l’individu peut contrôler son image, choisir ses interactions et éviter la confrontation avec la réalité.
Problème : plus le temps passé en ligne augmente, plus la capacité à gérer des interactions réelles diminue, renforçant le cercle vicieux de l’isolement.
Les Hikikomori utilisent souvent Discord, Reddit ou Twitter pour maintenir un lien social sans s’exposer directement. S’ils échangent avec des communautés en ligne, ces relations restent fragmentées et superficielles, sans engagement réel.
Problème : Ces plateformes entretiennent une illusion de sociabilité, mais empêchent un véritable retour au monde réel.
Certains Hikikomori passent des heures à regarder des vidéos sur YouTube, Twitch ou Netflix, utilisant le streaming comme substitut à une vie sociale.
Problème : Cette consommation passive renforce le repli en évitant toute stimulation active, ce qui aggrave l’inertie psychologique.
Des thérapies innovantes utilisent les jeux vidéo comme outils d’intervention, permettant d’aborder la réinsertion sociale de manière indirecte.
Lorsqu’un Hikikomori refuse toute interaction physique et vit uniquement à travers l’écran, il devient prisonnier d’une réalité alternative, où les contraintes du monde réel sont absentes.
Défi thérapeutique : comment utiliser la technologie comme passerelle vers un retour progressif à la vie active, sans renforcer l’isolement ?
L’isolement prolongé entraîne une perte des compétences sociales et un repli psychique profond, ce qui complique la réintégration. Pour être efficace, la prise en charge doit être progressive, adaptée aux besoins individuels et impliquant la famille.
Le Japon, en tant que pays pionnier dans la reconnaissance du phénomène Hikikomori, a mis en place des stratégies spécifiques pour aider ces jeunes à sortir de l’isolement. L’approche japonaise repose sur un modèle d’accompagnement progressif, qui évite toute confrontation brutale avec le monde extérieur.
Plutôt que d’obliger le Hikikomori à consulter en institution, des équipes mobiles spécialisées se rendent directement à domicile pour établir un premier contact. Ces visites permettent d’instaurer une relation de confiance, étape essentielle avant toute réinsertion sociale.
Certains programmes, comme ceux mis en place par l’association "New Start", proposent aux travailleurs sociaux appelés rentaishien (soutien par la présence) de passer du temps avec le Hikikomori chez lui, sans exiger d’échange immédiat, afin de l’aider à retrouver un lien progressif avec l’extérieur.
Au Japon, la prise en charge des parents est un élément central du traitement. Beaucoup de familles entretiennent involontairement le Hikikomori en adoptant des comportements trop protecteurs ou en évitant d’aborder frontalement la question du retrait social.
Des groupes de parole et des programmes éducatifs aident les parents à comprendre :
✔ Comment adapter leur attitude pour ne pas renforcer l’isolement.
✔ Comment encourager leur enfant à retrouver une autonomie sans pression excessive.
Certains Hikikomori nécessitent un cadre structurant en dehors du domicile familial pour retrouver une dynamique sociale. Des centres spécialisés, comme ceux de la KHJ National Federation of Families with Hikikomori, proposent des séjours où les jeunes apprennent à reprendre contact avec autrui, réapprendre des compétences sociales et acquérir de nouvelles habitudes de vie.
Une approche douce et non coercitive : Le principe clé des approches japonaises est de ne jamais forcer brutalement le retour à la société, mais de proposer des alternatives progressives et adaptées à chaque individu.
En France, la prise en charge du Hikikomori est plus médicalisée, car le syndrome est souvent assimilé à des troubles psychiatriques sous-jacents. Les outils thérapeutiques existants restent limités, mais certaines stratégies commencent à se développer.
Deux types de psychothérapies sont généralement utilisées :
✔ Thérapies cognitivo-comportementales (TCC) : elles aident à déconstruire les pensées négatives liées à l’anxiété sociale et à la peur du jugement. Des exercices progressifs permettent de réintroduire progressivement des interactions sociales.
✔ Approche psychanalytique : elle explore les causes profondes du retrait (honte, rejet, conflits familiaux) et permet au Hikikomori de se réapproprier une image positive de lui-même.
Défi principal : amener la personne à accepter de consulter, car la résistance au soin est fréquente.
Comme au Japon, impliquer les parents est essentiel. Certains Hikikomori réagissent mieux lorsque la famille ajuste son comportement et adopte une posture moins infantilisante ou culpabilisante.
Manque en France : peu de programmes encadrés proposent une approche familiale dédiée, ce qui limite l’efficacité du suivi à long terme.
Certaines équipes de Centres Médico-Psychologiques (CMP) commencent à proposer des visites à domicile pour aller au-devant des jeunes en rupture. Des psychiatres et psychologues tentent d’établir un premier lien en proposant une alternative aux consultations classiques, qui sont souvent refusées par les Hikikomori.
Le Dr Tadaaki Furuhashi, qui travaille en France et au Japon, a développé une approche basée sur des visites progressives et des interventions douces, permettant d’éviter une confrontation anxiogène.
Contrairement au Japon, où la médication est rarement utilisée, la France a tendance à prescrire plus facilement des antidépresseurs et anxiolytiques. Ces traitements peuvent aider en cas de comorbidité sévère (dépression majeure, anxiété paralysante), mais ils ne constituent pas une solution durable et ne permettent pas, à eux seuls, de rompre l’isolement.
Problème : sans suivi psychothérapeutique, les médicaments risquent de masquer le problème sans le résoudre.
Un des grands défis est de permettre au Hikikomori de retrouver une place dans la société. Plusieurs dispositifs sont envisageables :
✔ Ateliers de remobilisation (stages d’insertion, missions locales, bénévolat encadré).
✔ Reprise d’études sous un format adapté (cours à distance, classes à effectifs réduits).
✔ Médiations thérapeutiques : l’art-thérapie, les activités sportives ou la zoothérapie peuvent servir de ponts vers un retour à une dynamique sociale.
✔ Mieux former les professionnels de santé pour reconnaître le Hikikomori et proposer des suivis adaptés.
✔ Développer des structures intermédiaires (espaces dédiés aux jeunes en repli social, inspirés des centres japonais).
✔ Intégrer les nouvelles technologies dans le traitement (thérapies via jeux vidéo, espaces virtuels encadrés).
✔ Élargir les interventions à domicile, avec des équipes spécialisées pour établir un premier lien.
✔ L’anxiété sociale et la peur du regard des autres.
✔ L’évolution du travail et la pression scolaire.
✔ L’impact des nouvelles technologies sur les interactions humaines.
✔ Les dynamiques familiales et les modes éducatifs.
Aujourd’hui, la prise en charge du Hikikomori doit évoluer en France et ailleurs, en s’inspirant des stratégies japonaises tout en les adaptant aux réalités locales. La clé du succès réside dans une approche multidimensionnelle, combinant prévention en amont, accompagnement psychologique, médiation familiale et réinsertion progressive.
Le Hikikomori n’est pas une fatalité. Avec une prise en charge adaptée, il est possible de reconstruire un lien avec le monde extérieur et d’offrir une nouvelle trajectoire aux personnes concernées.
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